jeudi 11 avril 2013

Etude : les TIC c’est bon pour l’innovation (à moins que ce ne soit l’inverse)


Au départ c’est un travail québécois du Cefrio (Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations, à l’aide des TIC) et d’HEC Montréal pour définir un Indice de l’innovation par les TIC.

Le Cigref s’est, si j’ai bien compris, greffé dessus pour mener en France une enquête sur l’innovation  et les technologies de l’information. Plus de 50 entreprises, membres du Cigref et d’une taille supérieure à 500 personnes ont été interrogées.

La principale conclusion :
« Plus une entreprise fait une utilisation intensive des TIC, plus elle innove. Et surtout, il faut souligner que ce n’est pas un type de technologie en particulier qui amène une innovation accrue, mais bien l’intensité d’utilisation des TIC en général. »
Cela dit, bien que je n’ai pas fait une étude statistiquement représentative je me pose une question. On observe une corrélation  entre « intensité de TIC » et « Innovation ». Cela peut en effet prouver que les TIC suscitent l’innovation mais peut être tout autant que … ce sont les entreprises les plus innovantes qui utilisent le plus les TIC ! Subtile nuance.

Que le Cigref choisisse la première hypothèse est naturel; personnellement j’ai un léger penchant pour l’autre explication. Quand l’esprit d’innovation est présent quelque part, il se manifeste aussi par un tropisme en faveur de l’utilisation d' outils modernes, dont les TIC.

Quoi qu’il en soit voici l’ensemble des conclusions de ce travail. Elles sont au nombre de sept, dont les deux déjà citées.

1 Un nombre limité d’entreprises ont effectué des innovations majeures au cours des douze derniers mois, en ce qui concerne leurs produits et services, leurs procédés, leurs stratégies de commercialisation ou leur structure organisationnelle. De plus, ces différents types d’innovations sont fortement corrélés, à l’exception de l’innovation organisationnelle : un groupe restreint d’entreprises effectue donc plusieurs innovations à la fois, tandis que les autres n’effectuent que très peu de changement.
Ce constat met en lumière le fait que les innovations sont de plus en plus systémiques. Une innovation
donnée se fait en parallèle au développement d’un nouveau produit, grâce à de nouveaux procédés,
qui demandent une nouvelle forme d’organisation et entraînent un nouveau mode de commercialisation. Il faut se garder d’avoir une vision simpliste de ces innovations.

2 Le portrait de l’usage des TIC dans les entreprises et organisations révèle que la majorité d’entre elles font un usage limité des technologies, à l’exception d’outils de base tels que le courriel ou les logiciels bureautiques. La nouvelle vague du numérique (mobilité, plateformes collaboratives, informatique en nuage, etc.) n’est pas l’apanage de la majorité. On parle beaucoup de ces technologies, mais on les utilise peu.

3 Pourtant, l’intensité d’utilisation des TIC dans l’organisation contribue favorablement et significativement à la capacité d’innovation. Les organisations les plus innovatrices sont de fortes utilisatrices des TIC. La taille et le secteur d’activité n’apparaissent pas comme des déterminants essentiels de la capacité à innover. Grandes comme petites, les entreprises qui utilisent intensivement les TIC accroissent leurs capacités d’innovation.

4 L’effet important vient de l’intensité d’utilisation, pas simplement de la présence de la technologie dans l’entreprise.

5 Les modifications significatives à l’organisation, ou changements organisationnels, sont également un facteur significatif pour innover et tirer profit de l’innovation ; dans une moindre mesure, la culture d’expérimentation et la tolérance au risque contribuent aussi significativement à l’innovation.

6 Les investissements physiques n’influencent pas significativement l’innovation et ne peuvent à eux seuls la susciter.

7 Au sein des entreprises et organisations qui affichent un fort changement organisationnel, l’innovation a un effet sur la performance de marché.

A lire 
L’étude « L’innovation par les usages et les technologies numériques. »

mardi 9 avril 2013

Rapport sur l'innovation : bien, avec un soupçon de réserve toutefois...

Pour l'innovation, prenez la première à gauche...
Comment se fait-il que le rapport sur l’innovation de Jean-Luc Beylat et Pierre Tambourin qui vient d’être publié (L’Innovation : un enjeu majeur pour la France - Dynamiser la croissance des entreprises innovantes ) ne me satisfait pas pleinement alors qu'il prend plutôt bien la mesure de son sujet et va dans le bon sens ?

En effet, il dit (enfin) des choses très importantes telles que :
-  « L’innovation ce n’est pas QUE de la R&D »
-  « Il faut […]  passer d’une vision où la dépense de R&D est la principale préoccupation, à une vision systémique axée sur les résultats en termes de croissance et de compétitivité. »
- « Il ne s’agit pas de dépenser plus d’argent public pour l’innovation, mais de le dépenser autrement et de manière plus efficace. »

Ensuite, il s’attaque au problème de façon globale et propose 19 recommandations regroupées dans quatre grandes catégories (voir ci-dessous) depuis la culture d’innovation jusqu’à la mise en place d’une politique d’innovation. Autant que je puisse en juger, les mesures proposées ne sont pas aberrantes, loin de là et visent une grande cohérence.

Et malgré tout, je ne suis pas enthousiaste. Est-ce parce que ce rapport qui aborde très intelligemment la problématique de l’innovation n’apporte au bout du compte pas grand-chose de réellement nouveau ?

Ainsi, il écrit très justement : « La France oscille entre le rêve américain de la Silicon Valley, où des innovations de rupture sont portées par des start-up, le rêve allemand d’un Mittelstand industriel bien établi et performant en innovation incrémentale, et une tradition française de la planification industrielle dans des filières régaliennes. Cette oscillation brouille la représentation que la France se fait de l’innovation car elle mélange innovation de rupture, innovation incrémentale et « politique industrielle stratégique ».

Cette analyse extrêmement pertinente suscite de grandes attentes. Mais dans le même temps, les recommandations que propose le rapport consistent finalement essentiellement à actionner toujours à peu près les mêmes leviers, d’où une certaine déception.

Le rapport laisse également  parfois l’impression de ne pas aller jusqu' au cœur des problèmes. Trois exemples :

-  Il souligne « le besoin de créer des entreprises à fort potentiel de croissance (spin-off et start-up). » Est-il si sûr qu’on manque de start-up ? Le problème n’est-il pas plutôt qu’elles ne deviennent jamais grandes et sont plus souvent qu’à leur tour rachetées, notamment par des entreprises étrangères ? Cela mériterait d’être examiné de plus près. (Cela dit, la recommandation 10 propose de "combler le manque de financement en fonds propres des entreprises innovantes", ce qui est déjà un pas dans la bonne direction)

- Il appelle à juste titre  à « organiser une politique d’attractivité des talents autour de l’innovation », autrement dit à favoriser l immigration des ces talents. Mais le problème n’est-il pas aujourd’hui celui de l’émigration en masse de nos talents, sujet dont on parle peu et qui soulèverait des questions d’une autre envergure si on voulait s'y  intéresser ?

- Le rapport reconnaît que « l’innovation est avant tout une affaire d’individus : la démarche d’innovation a une dimension entrepreneuriale » écrit-il. Mais est-il vraiment sûr que les politiques actuelles font tout pour favoriser l’entreprenariat dont il faut bien avouer qu’un des ressorts majeurs est souvent l'envie de devenir... outrageusement riche et non de payer 75% d'impôts ?

Bref, malgré ces réserves, ce rapport mérite d'être lu et, si vous le souhaitez, vous pouvez le télécharger ici. En attendant,  je vous en propose ci-dessous la synthèse la plus minimale qui soit : la liste des 19 recommandations regroupées en quatre grands thèmes.


Les 19 recommandations du rapport sur l’innovation de Jean-Luc Beylat et Pierre Tambourin

I. Développer la culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat

Recommandation 1 : réviser les méthodes pédagogiques de l’enseignement primaire et secondaire pour développer les initiatives innovantes

Recommandation 2 : mettre en place un programme de grande ampleur pour l’apprentissage de l’entrepreneuriat dans l’enseignement supérieur

Recommandation 3 : favoriser l’essaimage à partir des grands groupes

Recommandation 4 : organiser une politique d’attractivité des talents autour de l’innovation

II. Accroître l’impact économique de la recherche publique par le transfert

Recommandation 5 : mettre en place le suivi opérationnel des 15 mesures pour une refondation du transfert dans la recherche publique

Recommandation 6 : favoriser la mobilité des chercheurs entre public et privé

Recommandation 7 : mettre en place un programme cohérent en faveur du transfert par la création d’entreprise

Recommandation 8 : focaliser les SATT sur la maturation

Recommandation 9 : mettre en place une politique cohérente de recherche partenariale public-privé, en regroupant les différentes politiques aujourd’hui éparpillées

III. Accompagner la croissance des entreprises innovantes

Recommandation 10 : combler le manque de financement en fonds propres des entreprises innovantes (capital-risque et capital-développement technologique) en mobilisant une faible part de l’épargne des français et en améliorant les stratégies de sortie possibles pour les investisseurs sur ces segments

Recommandation 11 : lancer des initiatives sectorielles early stage

Recommandation 12 : mettre en place les instruments d’une politique de protection (PI, normalisation) au service des entreprises innovantes

Recommandation 13 : harmoniser les différents labels et qualifications d’entreprises innovantes pour plus de lisibilité et les inscrire dans un parcours jalonné d’accompagnement vers la croissance, alignant de manière cohérente l’ensemble des outils de soutien disponibles

Recommandation 14 : inciter les grands groupes et les grands établissements publics à s’impliquer dans l’émergence et la croissance des entreprises innovantes, en intégrant de nouvelles dimensions dans leur
obligation de publication de RSE

IV. Mettre en place les instruments d’une politique publique de l’innovation

Recommandation 15 : reconnaître le rôle des écosystèmes d’innovation métropolitains comme points d’appui des stratégies régionales et de la stratégie nationale d’innovation

Recommandation 16 : organiser le système de transfert pour le rendre plus lisible et plus efficace

Recommandation 17 : se donner les moyens de concevoir, de piloter et d’évaluer une stratégie française de l’innovation, globale et cohérente

Recommandation 18 : mandater un opérateur unique pour la consolidation opérationnelle des politiques publiques de financement de l’innovation, la BPI (partie innovation)

Recommandation 19 : faire de l’innovation un vrai sujet politique, en organisant un vaste débat public

jeudi 4 avril 2013

Climat : les (surprenantes) nouvelles que vous n’avez pas lues…

Le thermomètre reste
stable depuis 15 ans ! 
« Depuis 15 ans, la température à la surface de la terre est restée tout à fait stable. Et cela malgré les quelque 100 milliards de tonnes de CO2 rejetées dans l’atmosphère entre 2000 et 2010. »

Avez-vous lu ou entendu en France cette information ? Moi non. Mais je l’ai en revanche lue dans un long papier consacré au sujet dans le numéro du 30 mars de The Economist. Non, je ne me trompe pas, il n’est pas question de Claude Allègre mais bien de The Economist qui n’est pas spécialement dans le camp des sceptiques du réchauffement. Et ce n'est pas le 1er avril que l'info a été publiée...

Le magazine anglais  se base sur les données de James Hansen, responsable du Goddard Institute for Space Studies,de la NASA. Il dit : « la courbe des températures globales moyennes sur 5 ans est plate depuis une décennie »

Deux questions se posent alors. La première : si on le constate sur un tel laps de temps comment se fait-il que l’information ne sorte que maintenant ?

Seconde question : comment se fait-il que cette information émanant d’une revue considérée comme fiable n’ait pas un pas eu un immense retentissement ? Ni même d’ailleurs un  tout petit retentissement ... Après tout c’est quand même une formidable surprise qui vient bouleverser à peu près tout ce qui se dit et s'écrit à propos du réchauffement de la planète et de l'effet du CO2 depuis des lustres.

En tout cas The Economist  reconnaît que cette information pose un réel problème, celui de la validité des  modèles climatiques développés jusque là et, surtout, de nos connaissances en termes d'effets du CO2 et des autres substances présentes dans l'atmosphère, du rôle des nuages etc.

L' article ne remet pas pour autant en cause la thèse du réchauffement. Il rappelle que les températures de la première décennie du XXIè siècle sont d'un degré plus élevées que celles de la première décennie du siècle dernier. Mais il pose la question : "est-ce que ce sont les très fortes augmentations de température des années 90 qui sont anormales ou bien l'actuelle stagnation ?"

The Economist s’efforce également de suggérer des hypothèses  explicatives et, sans succès, de donner une réponse à ce phénomène qui apparaît comme parfaitement mystérieux et, en tout cas,  inexplicable pour le moment.

Est également cité Ed Hawkins, de l’Université de Reading, en Angleterre qui,  lui, estime que l’augmentation des températures à la surface de la terre depuis 2005 se trouve dans la fourchette basse des prévisions issues de 20 modèles climatiques différents et que si ce phénomène continue, elle sortiront totalement du modèle d’ici à quelques années...

En tout cas, ce qu’écrit le magazine apporte une belle quantité d'eau au moulin des climato sceptiques. Je pense notamment à l’un des leurs plus farouches représentants, Bernard Beauzamy, patron de la SCM (Société de Calcul Mathématiques), entreprise spécialisée dans la simulation et l’application des probabilités.

 Je le cite car il se trouve que je suis abonné à la lettre que publie la SCM et que, dans sa dernière livraison (mars 2013), un article, basé cette fois sur les chiffres de la NOAA (National Oceanographic and Atmospheric Administration), met en évidence le fait que  le réchauffement climatique est devenu imperceptible depuis 2001. Et que si l'on remonte à 1997, le réchauffement n'est que de 0,0016°C par an ce qui, on l'avouera, n'a pas de quoi effrayer...

Bref, d'ici à ce qu'on apprenne qu'on entre dans une nouvelle ère glaciaire, il n'y a plus qu'un pas...


A Lire
Climate Science : a sensitive matter 
Le rapport de stage de Luc Maréchal à la SCM à partir des données de la NOAA

mardi 2 avril 2013

La fin (provisoire ?) du numérique « d’occasion » !


Ça vient de tomber. ReDigi a perdu son procès face à l’éditeur de musique Capitol Records.

 ReDigi c’est la start-up américaine qui s’est construite sur le numérique d’occasion, c'est-à-dire la revente par les utilisateurs, via ses services, des titres musicaux achetés par exemple sur iTunes (voir article).

 Capitol prétendait que c’était une infraction vis-à-vis du copyright et a obtenu gain de cause. ReDigi a fait appel.

Le résultat de ce procès était très attendu. Si Capitol avait été débouté, la voie de la revente en « occasion » de toutes les œuvres numériques se serait largement ouverte. Le New York Times note en outre qu’Apple et Amazon on déposé des brevets sur le numérique de seconde main mais ne les ont pas encore traduits par la mise en place de services.

ReDigi n’a pas dit son dernier mot. Outre l’appel du jugement, l’entreprise a souligné que c’était la version 1.0 de son système qui avait été fait l’objet de la décision mais pas sa nouvelle version 2.0.

Le juge a estimé pour sa part que « des versions ultérieures pourraient éventuellement être  compatibles avec le copyright » mais qu’en tout était de cause la V 1.0 ne l’était pas…

Bref : affaire à suivre.

mercredi 23 janvier 2013

Fleur Pellerin : de bonnes mesures pour l'innovation


Hier, lors de la remise des Trophées de l’Innovation décernés par l’INPI, Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes Entreprises, de l'Innovation et de l'Economie numérique a consacré son discours a l’innovation. Un discours intéressant avec une présentation de décisions déjà prises ou à venir concernant l’innovation.

Bonne nouvelle : ces mesures vont dans le bon sens. Surtout on remarquera à cette occasion que c’est peut être la première fois que l’innovation est vraiment traitée en tant que telle et non par le biais de la R&D. Cela constitue vraiment un progrès considérable. La création du poste de ministre délégué à l'innovation se justifie pleinement.

Voici quelques extraits des points clés du discours

Sur la création  du crédit d’impôt innovation

« nous avons créé le Crédit d’impôt Innovation destiné aux PME : les dépenses de prototypage sont maintenant soutenues à hauteur de 20%. C’est donc jusqu’à 400 000 euros qui peuvent être économisés dans le développement d’un nouveau produit »

Sur les pôles de compétitivité et l’innovation

« Concrètement, nous venons d’entrer dans une nouvelle phase de l’existence des pôles de compétitivité, qui, au cours des six prochaines années, deviendront le pivot de notre système d’innovation. Désormais, les projets seront suivis et accompagnés tout au long de leur durée, de leur invention jusqu’à leur industrialisation et leur commercialisation. Les débouchés économiques seront l’objectif numéro 1 des pôles, sur lesquels ils seront évalués.  En résumé, les pôles deviendront des "usines à produits d’avenir".»
«Pour accompagner les pôles dans cet effort, 100 millions d’euros issus du PIA ont été affectés à un programme d’industrialisation des projets développés par les pôles de compétitivité, ce qui représente un effort tout à fait significatif de la part du Gouvernement. »

Le soutien au design

« La France possède une grande tradition de design, fortement reconnue dans le monde entier, qui est habituellement négligée par nos politiques : je veillerai à y remédier, car l’innovation n’est pas uniquement technologique »

Le rôle de l’état

« J’affirme que l’Etat doit être à nouveau capable, comme il le fit par le passé – et avec succès –, de définir des priorités au service de l’innovation française. […] Nous avons donc pris la décision de mettre en place un programme de soutien aux innovations de ruptures, d’ores et déjà doté de 150 millions d’euros, dont la Banque Publique d’Investissement sera l’opérateur. Ainsi, en fonction de nos atouts et de nos savoir-faire, l’Etat déterminera-t-il les défis à relever, dans des secteurs aussi différents que l’énergie – notamment les énergies renouvelables –, le numérique, la santé, etc. Notre objectif sera d’accompagner la création des grands champions industriels de demain : pourquoi les Google de 2030 ne pourraient-ils pas naître parmi nos PME et nos ETI, aidées et renforcées ? »
Il y a pas mal d'autres choses encore (notamment sur les brevets) dans ce discours. Vous pouvez le lire dans sont intégralité en cliquant sur ce lien 

jeudi 17 janvier 2013

Un an de réindustrialisation : les idées se clarifient

Il y a un an jour pour jour démarrait ce blog avec – hasard ou prémonition ? - un papier sur Louis Gallois, encore patron d’EADS, se disant assuré que « le rebond industriel de la France  est possible.» Il affirmait déjà : «  il faut abaisser le coût du travail par l’allègement des charges sociales sur les entreprises, donc en transférer une partie sur la fiscalité».

L’eau a coulé sous les ponts depuis. Près de 200 posts ont été publié (plus de 300000 signes ! ), le blog attire de plus en plus de visiteurs, que je salue ici (vous êtes plus de 150 chaque jour) et, surtout,  il s’est passé pas mal d'évènements notables sur le front de la réindustrialisation.

1. En France, elle est devenue « redressement productif » avec un ministre qui a plutôt déçu les rares qui en attendaient des résultats concrets. Passons…
2. Le souhait du soldat Louis Gallois – le « choc de compétitivité » - a été a moitié exaucé. Dans son souci permanent de ménager la chèvre et le chou, le gouvernement a pris une décision très courageuse en acceptant d’apporter 20 milliards aux entreprises et, dans le même temps, en a affaibli la portée par le choix de la méthode. Le « choc » est devenu « pacte ». On verra ce que ça donne.

En fait, ces tribulations franco françaises ne sont pas le plus important. Ce qui me frappe en regardant l’année écoulée est de voir à quel point la réflexion a avancé sur le sujet de la réindustrialisation. Et ce n’est pas de la France viennent les idées les plus intéressantes, mais des Etats-Unis.

En France, l’idée de relancer l’industrie manufacturière fait (apparemment) consensus. Là bas il existe une population exotique – les « libéraux »… – qui ne sont ni convaincus que le manufacturing doit faire l’objet d’un traitement spécifique et encore moins que l’état a un rôle à y jouer. Moralité : ça discute et ça débat. Et pour faire avancer leurs idées, tout au long de l’année les « pro manufacturing » n’ont pas été avares en publications, rapports, études et ouvrages de réflexion sur le sujet. Le blog s’en est fait l’écho.

Ainsi, peu à peu les idées ont mûri et les arguments se sont affinés. On a commencé par « Le manufacturing c’est bon pour l’emploi car un emploi créé en génère plusieurs dans les services. »  On en est aujourd’hui à « le manufacturing n’apportera rien en termes d’emplois mais il est indispensable pour innover. » Et on se fait même plus précis : « tous les types de production manufacturière ne sont pas souhaitables sur le territoire américain ; seuls ceux pour lesquels il est important que la R&D soit proche de la production comptent car c’est ceux là uniquement qui génèrent de l’innovation. »

Dernière avancée sur le thème du type de production que doivent développer les Etats-Unis sur leur territoire, celle de l’économiste Ricardo Hausmann. Il affirme : « la direction la plus pertinente à prendre par les Etats-Unis est celle de la production des machines qui seront indispensable pour réaliser les produits de la prochaine révolution industrielle. C’est là que les produits sont le plus complexes et aussi que les salaires seront les plus importants. »

Ce point de vue renforce celui qui s’est affirmé cette année et selon lequel les outils de production avancés et la R&D sur ce thème sont d’une importance fondamentale. L’idée a fait son chemin en Europe comme aux Etats-Unis.

Trois autres points sont à retenir :

1. L’amorce d’une relocalisation  de la production aux Etats-Unis, fait qui a été abondamment argumenté dans une importante étude du Boston Consulting Group et popularisé notamment par les propos du patron de GE.
2. La prise de conscience renouvelée de l’importance de l’automatisation – et de la robotique en particulier – qui apparaît comme la solution miracle pour la compétitivité. Ce qui explique également pourquoi on ne croit désormais plus à l’industrie comme génératrice d’emploi. On embauchera plus de robots que d’individus
3. La prise de conscience renouvelée de l’importance des technologies de l’information et de la révolution numérique. L’idée qu’en la matière « on n’a encore rien vu » et que de formidables développements vont tout changer prend de l’importance. Même Paul Krugman, le fameux économiste américain, s’en est récemment  convaincu. Idée qui va de pair avec celle selon laquelle nous serions dans la phase de destruction de la « création destructrice » chère à Schumpeter et qu’une nouvelle et formidable ère d’innovation est pour… demain (elle ferait bien de se presser…).

Enfin, côté technologies on pourra se rappeler 2012 comme l’année où deux technologies ont pris leur essor et commencé à faire vraiment parler d’elles : les Big Data, toutes nouvelles, ont émergées tandis que les technologies de fabrication additive, plus anciennes, ont franchi cette année un cap décisif.

lundi 7 janvier 2013

Industrie : inventée par l'Angleterre, mais c'est toujours l'Allemagne qui gagne...


Je relisais il y quelque temps L’Europe Technicienne (The Prometheus Unbound en VO).  Cet ouvrage de référence de l’historien américain David Landes sur l’industrialisation de l’Europe à partir des années 1750, est paru en 1969. Il est toujours aussi passionnant et instructif. Et puisque les réussites industrielles allemandes font aujourd’hui l’envie de tous, je ne résiste pas à vous en faire partager quelques extraits.
« [En 1850, l’Angleterre] est à l’apogée de sa carrière d’atelier du monde. […] Cette petite île dont les habitants étaient deux fois moins nombreux que ceux de la France, donnait les deux tiers du charbon produit dans le monde, la moitié du fer, la moitié du drap de coton. Sa marchandise faisait prime sur tous les marchés du monde ; ses industriels ne craignaient nulle concurrence »
Pourtant,  à partir de 1850, c’est, en Europe, l’Allemagne qui va peu a peu s’imposer au détriment du Royaume-Uni jugé pourtant indépassable. Les raisons sont multiples, mais j’en ai choisi trois qui me paraissent significatives.

Au milieu du XIXè siècle l’Angleterre sûre d’elle-même boude l’innovation.
« Pendant ce temps, en Allemagne, l’innovation s’était faite institution : le changement faisait bel et bien partie du système. On ne pouvait compter sur de grandes découvertes [locales]. Mais on pouvait compter que les inventions, quelles qu’en fussent les origines, seraient expérimentées et exploitées ; et il y avait au sein de l’industrie elle-même un courant régulier de petits perfectionnements qui, en s’accumulant constituèrent une révolution technique ».
Et maintenant ceci :
« Pour juger au mieux de cette façon tout pécuniaire de poser les problèmes [d'investissement, en Angleterre] il n’est que de la mettre en regard de la rationalité technique des allemands. C’était une arithmétique d’une autre espèce, qui maximisait non point les bénéfices, mais le rendement technique. Pour l’ingénieur allemand, pour l’industriel, pour le banquier qu’il avait derrière lui, le nouveau était à désirer non pas parce qu’il rapportait, qu’il était «payant » comme disent les anglais, mais parce qu’il se traduisait par un meilleur travail. Il y avait la bonne et la mauvaise manière de faire les choses, et la bonne, c’était la manière scientifique, mécanisée, celle qui mobilisait surtout du capital. »
Et ceci enfin, concernant l’instruction. Elle avait fait la force de l’Angleterre au XVIIIè voici ce qu’écrit Landes pour le milieu de XIXè :
« L’instruction, c’est la transmission de quatre sortes de connaissances, chacune contribuant à sa manière au rendement économique. 1) Le savoir lire, écrire et calculer. 2) la compétence technique de l’artisan et du mécanicien  3) la combinaison du principe scientifique et de l’application pratique dans la formation de l’ingénieur ; 4) la connaissance scientifique de haut niveau théorique et appliquée. Dans les quatre domaines, l’Allemagne possédait ce que l’Europe avait de mieux à offrir ; dans les quatre domaines, à l’exception peut-être du deuxième, l’Angleterre demeurait loin en arrière.»
Cela se passe de commentaires, non ?

jeudi 3 janvier 2013

Petit débit mais grande innovation : le réseau mobile pour l’Internet des objets


Les opérateurs télécom s’acharnent à mettre au point des réseaux mobiles toujours plus performants : jusqu’à 100 Mbit/s avec la 4G. Pendant ce temps, une start-up française, Sigfox arrive sur le marché avec un réseau ridicule : un débit maximum de 1 Kbit et, tenez vous bien, commençant à 10 bit/s. Cent mille fois moins que la 4G ! Et c’est une colossale innovation !

Innovation ? Oui car, en l’occurrence, moins, c’est beaucoup plus. Parce que ce réseau n’a pas pour ambition de véhiculer des flots de données à grande vitesse, comme des images ou de la vidéo. Il se destine à une application bien particulière : l’Internet des objets. Autrement dit au dialogue entre des objets munis d’un peu d’intelligence et un ordinateur. Et pour ce que les objets ont à dire, ce débit microscopique est largement suffisant. Pensez par exemple au relevé à distance de compteurs électriques. Ou au suivi centralisé d’objets divers et variés.

La beauté du réseau de Sigfox est que sa technologie dite UNB (ultra narrow band) est non seulement bien suffisante pour les applications qu’elle vise mais surtout qu’elle apporte des bénéfices inouïs.

Le plus important tient au fait que contrairement aux réseaux classiques dont les stations de base n’ont qu’un champ d’action limité, la technologie UNB offre une très longue portée : jusqu’à 40 km en champ libre. Résultat au lieu d’un maillage extrêmement fin du territoire, il suffit de très peu d’antennes pour couvrir un vaste espace.  Selon Ludovic Le Moan, le fondateur et patron de Sigfox, «  dix antennes suffisent pour couvrir une ville comme Paris et un millier seulement pour la France entière. »

En outre, les stations de base seraient « 100 fois moins chères à construire et à opérer », tandis que le coût d’équipement d’un objet pour le rendre communicant serait lui aussi en chute libre.

L’intérêt du système n’a pas échappé à Intel qui a participé largement à la seconde levée de fonds de 10 M€ réalisée en septembre dernier aux côtés des investisseurs existants (Elaia Partners, Partech Ventures International et iXO Private Equity).

On comprend cet intérêt lorsqu’on sait cet « Internet des objets », dont on parle depuis longtemps, semble cette fois bien parti pour décoller. Il n’est qu’à regarder du côté de General Elecric qui vient de lancer le terme « Industrial Internet » pour le désigner et a l’intention d’investir pas moins de 1,5 milliard de dollars sur trois ans pour mettre au point les technologies nécessaires. Pour GE, l’Industrial Internet n’est pas moins que « la troisième vague d’innovation et de changement industriel », après la Révolution Industrielle et celle d’Internet. Excusez du peu ! (voir l’article sur ce blog)

Sigfox a déjà couvert une bonne partie du territoire français et réalisé des applications dans différents pays. Ludovic Le Moan revendique déjà « plus de 10000 objets connectés », dont ceux de Clear Channel (le concurrent américain de JC Decaux) pour télégérer son parc de mobilier urbain.

Les ambitions du « premier opérateur de réseau cellulaire dédié à l’internet des objets »,  sont immenses. Il vise un déploiement mondial de son réseau. « Il suffit de 200 M€ pour couvrir le monde » affirme-t-il. Et, conséquent avec son ambition, il ne saurait se contenter des 12 M€ de financement qu’il a déjà reçu. Il affirme qu’il espère lever 100 M€ pour mener à bien son projet. C’est tout le mal qu’on lui souhaite...

On remarquera en tout cas que le produit de Sigfox est l’illustration parfaite de ce que Clayton Christensen a baptisé disruptive innovation. Un  vrai cas d’école : en étant moins sophistiquée, elle en donne beaucoup plus dans des applications où l’offre disponible est surdimensionnée. Et ce faisant elle prend à contrepied les offreurs établis, en l’occurrence les opérateurs qui, engagés dans une course vers le plus haut de gamme, ont autre chose à faire qu’à venir se battre dans ce nouveau segment de marché…

 Cela dit : est-ce vraiment si sûr qu’alertés par cette offre, si le marché est aussi prometteur qu’on le suppose les opérateurs ne se décident pas à proposer  une solution équivalente ? L’affaire sera intéressante à suivre…