mercredi 26 juin 2013

Une « grande agence France International » préconisée par le rapport Bentejac-Desponts

Alain Bentejac et Jacques Desponts ont présenté aujourd’hui à Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur, le rapport sur l'évaluation des dispositifs de soutien à l'internationalisation des entreprises. Pour aller vite, je me  contenterai pour le présenter de reprendre en l’élaguant quelque peu la synthèse du rapport présenté par le ministère.

Le rapport affirme ainsi que nos performances à l’export ne sont que le reflet de la compétitivité du « site de production France », et donc que c’est avant tout par l’amélioration durable des facteurs de compétitivité que notre pays pourra remédier à cette situation.

Il précise cependant que le rôle du dispositif de soutien ne doit pas être tenu pour négligeable. Les enquêtes montrent que le dispositif français est assez largement utilisé, mais est jugé perfectible.

Selon le rapport, les principales attentes exprimées par les entreprises sont
- la mise en relation avec des partenaires et clients potentiels,
- la fourniture d’informations pertinentes sur les marchés,
- un accompagnement personnalisé, professionnalisé et dans la durée,
- l’appui au recrutement de responsables export,
- une meilleure lisibilité du système, une coordination renforc
ée des acteurs, des aides et procédures réellement simplifiées…

Côté recommandations, celles de la Mission peuvent être regroupées en trois grandes catégories :

1. Dynamiser, améliorer et simplifier les services rendus aux entreprises
Il s’agit là de mesures simples et pratiques pouvant être mises en oeuvre rapidement. La Mission recommande leur mise place déterminée et systématique.
Parmi ces recommandations
- la création de « Maisons de l’International » en régions, de « Maisons France » à l’étranger,
- d’un site web unifié,
- d’un numéro de l’international,
- d’un réseau social des exportateurs etc.

2. Mettre en place d’une gouvernance claire et forte
Cette gouvernance devrait se décliner à tous les niveaux, par la création de Comités de Pilotage réunissant tous les acteurs concernés et présidés par une instance appropriée disposant d’une capacité de décision réelle. C’est dans le cadre de ces Comités que devraient être traitées toutes les questions de coordination. Au plan national, par exemple, c’est ce Comité qui devrait être le lieu où serait négociée une nouvelle répartition des sites à l’étranger et des prestations entre les principaux opérateurs de manière à éliminer les doublons et à mieux couvrir le marché.

3. Optimiser l’architecture d’ensemble
La Mission propose la création d’une grande agence « France International » ayant vocation à fédérer progressivement et dans la concertation les principaux opérateurs. L’objectif à terme est de regrouper les forces aujourd’hui dispersées. Dans cette perspective, l’Etat devra montrer l’exemple en regroupant les opérateurs qui dépendent directement de lui (Ubifrance, AFII, organismes sectoriels de promotion…).

Cette agence pourrait être construite à partir d’Ubifrance, qui serait transformée en société anonyme, avec participation des principales parties prenantes (Etat, BPI France, Régions, CCI, secteur privé…) à son capital et/ou à son Conseil d’administration.

A lire 
Le rapport complet
La synthèse du rapport 

mardi 25 juin 2013

Le nouveau modèle suédois (encore mieux que l’Allemagne !)

La Suède sociale démocrate a longtemps été un modèle. Jusqu’en 1990, lorsqu’elle s’est effondrée. La voici à nouveau promue au rang de source d'inspiration parce qu’elle a su se réformer en profondeur. Elle exhibe aujourd’hui une économie performante et une industrie en pleine forme et fort productive. Elle devance même l’Allemagne sur quasiment tous les indicateurs (croissance du PIB, PIB/habitant, compétitivité, balance commerciale, dépenses de R&D…).

Dans le cadre de La Fabrique de l’Industrie, Emilie Bourdu nous présente en détail cette nouvelle Suède dans un bref et intéressant ouvrage préfacé par Louis Gallois : « Les transformations du modèle économique suédois ».

Le livre est tout a fait d’actualité car, au-delà de nombreux points communs avec la France – en particulier un état providence et une industrie composée de grands groupes et de PME – les mésaventures suédoises et la façon dont le pays s’est sorti de la crise peuvent servir de leçon au moment où nous sommes enfoncés dans un marasme qui n’a rien à envier aux pires moments de la Suède des années 90.

Ce livre est ainsi source d’optimisme : il démontre qu’il est possible de sortir de la crise par le haut sans (trop) sacrifier le modèle social démocrate, ou plutôt les acquis de l’état providence puisque notre président se refuse à se définir comme social démocrate

Cela dit, malgré la pertinence du Modèle, on peut craindre qu’il soit plutôt difficile à imiter. L’une des recettes de la Suède est en effet le résultat de la grande efficacité du dialogue social qui conduit à des consensus en matière de réformes, aussi sévères soient-elles. La France a bien du chemin à faire…

Autre recette du modèle, une politique fiscale radicalement différente de la nôtre. Certes, les prélèvements ont des niveaux similaires (environ 46% du PIB en 2011) mais les structures des recettes fiscales divergent profondément. Ainsi en Suède l’impôt sur les sociétés n’est plus que de 22% en 2013 (contre 52% à la fin des années 80 !) alors que les ménages sont taxés à hauteur de 14,8% du PIB (contre 7,9% en France). Les cotisation sociales sont, elles, de 7,4% du PIB en Suède (16,9% en France) et les recettes provenant des taxes indirectes, majoritairement la TVA, y sont de trois points plus élevées.

Bref, la Suède taxe davantage les ménages pour financer les recettes liées à l’état providence alors que la France privilégie les charges sociales. L’ironie du dispositif est que les recettes liées à la fiscalité des entreprises sont de moitié plus élevées en Suède qu’en France (3,4% contre 2,3%). Le fin mot de l’histoire tient au seul fait que la meilleure profitabilité des entreprises permet de rapporter davantage tout en taxant moins les bénéfices !

Parviendra-t-on a acclimater ne serait-ce qu’une partie des solutions mises en œuvre en Suède ? Avec le temps peut-être... Il faut se rappeler que la Suède a adopté le modèle social démocrate dès les années 30 (et l’Allemagne dans les années 50). Il serait peut être bon d’accélérer la manœuvre !

jeudi 13 juin 2013

Que faire si un donneur d’ordre veut capter mon CICE ?

Une opportune question d’Alain Rousset a permis à Alain Moscovici d’annoncer hier 12 juin 2013 à l'Assemblée Nationale l’ouverture d’un site d’information sur le crédit d’impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) destiné aux entreprises. En l’occurrence, il s’agit d’une rubrique spécifique sur le site économie.gouv.fr

Le site est opérationnel et il est là : http://www.economie.gouv.fr/ma-competitivite/faq-cice

Au sommaire :
- Une présentation du dispositif
- Des FAQ répondant aux principales questions que se posent les entreprises (qui y a droit ?, comment le calculer ? comment faut-il le déclarer ?, etc.)

On notera que les FAQ n’éludent pas la question brûlante : « Que faire si un donneur d’ordre souhaite capter tout ou partie de mon CICE ? »

J’en profite pour vous donner la réponse : « Dans ce cas, il est fortement conseillé de saisir la Médiation Inter-entreprises, dispositif gratuit, rapide et totalement confidentiel qui vient en aide à toute entreprise rencontrant des difficultés contractuelles avec un client ou un fournisseur. »

J'ignore si cela sera efficace, mais, pour déposer un dossier de médiation, l’URL est la suivante : www.mediation-interentreprises.fr.

A noter enfin la disponibilité d’un formulaire qui permet à ceux qui ne trouveraient pas sur le site la réponse attendue d’interroger le service concerné qui « s’engage à les contacter sous 5 jours. » Bonne initiative.

jeudi 30 mai 2013

PME: un appel à projets pour des produits « made in France »

Vous êtes une PME et vous vous proposez de produire en France un produit innovant, intégrant une composante développement durable ? L’appel d’offre lancé hier par la DGCIS est fait pour vous. Il se propose de financer votre projet jusqu’à 50%. C’est bon à prendre. Voici en bref ses caractéristiques

Les projets visés

Sont concernés : les projets collectifs innovants visant à inciter les entreprises, et en particulier les PME, à intégrer des démarches d’innovation, de création, de développement durable, de traçabilité, de valorisation et de promotion des savoir-faire.

Sont éligibles au financement : les projets qui ont reçu un engagement de la part d’entreprises et qui seront portés par une entité fédératrice, telle que organisation ou structure professionnelle ; comité professionnel de développement économique ; un comité professionnel de développement économique ; association loi de 1901 etc.

Quelles entreprises ?

Sont concernées : les entreprises de moins de 250 personnes et dont le chiffre d’affaires annuel n’excède pas 50 M€ ou dont le total du bilan annuel n’excède pas 43 M€. Ces entreprises doivent être indépendantes, c'est-à-dire ne pas être contrôlées par une autre entreprise à plus de 25%

Le projet peut intégrer des entreprises excédant 250 salariés, sous réserve de rester compatible avec l’objectif d’un ciblage prioritaire du dispositif sur les PME.

Deadline
Le dossier de candidature devra être déposé avant le 30 août 2013 à 17 heures :

En savoir plus
Le détail de l’appel à projet  de la DGCIS

lundi 27 mai 2013

Eric Schmidt (Google) ou le degré zéro de la pensée

Plus libéral que moi, tu meurs...
Eric Schmidt, président du conseil d’administration  de Google, a écrit, ou du moins cosigné avec Jared Cohen, un livre. Titre : The New Digital Age. Sous-titre : Reshaping the future of people, nations and business. On s’attend à des révélations. Quelle déception. Ce qu’on y lit est parfois consternant. Consternant mais aussi extrêmement révélateur. Ce qui explique que j’y consacre malgré tout un article (en général je ne chronique que les livres qui m’ont passionné).

Jared Cohen est certainement l’auteur de l’essentiel du livre mais regardons ce qui semble être la contribution de Schmidt, à savoir le premier chapitre consacré à l’impact d’Internet sur nos vies. Ce chapitre suffit à ruiner le livre.

L’auteur raconte tout ce qu’il est loisible d’imaginer dans le futur comme applications d’une « connectivité généralisée » et considère que puisque c’est possible, c’est souhaitable et que donc ça se produira. Aucun recul. Aucun questionnement. On a ainsi droit à une série de poncifs sur toutes les merveilles que nous réserve l’Internet de demain. Typiquement : la voiture automatique sans conducteur qui vous avertira, compte tenu de la circulation, de votre agenda, du temps qu’il fait, voire de la flexibilité des queues des vaches…, qu’il faut vous grouiller d’avaler votre petit dej’ car, sinon, vous allez être en retard à l’importante réunion qui vous attend.

Ou encore, on découvre qu’Internet va donner la parole à tous, donc développer la démocratie même dans les pires pays totalitaires et aider les économies les plus attardée à décoller...  J’aime aussi beaucoup la sortie sur la médecine avec  le « minuscule implant nasal qui vous informera de la présence de toxines dans l’air et de l’imminence d’un rhume ». C’est vraiment le niveau zéro de la pensée.

Le plus  intéressant  est toutefois ceci : Schmidt applaudit à ce que la connectivité généralisée va rendre possible, à savoir :  la mise en concurrence de tous avec tous. « Des jeunes Uruguayens éduqués pourront ainsi rivaliser pour du travail avec leurs homologues habitant dans le comté d’Orange [Californie] ».

 Et il enfonce le clou : « Les critiques de la mondialisation se plaindront de cette érosion des monopoles locaux, mais on doit la souhaiter car c’est ainsi que nos sociétés iront de l’avant et continueront d’innover. »  Monopole locaux, vous l’aurez compris, ça veut dire travailler là où vous vivez…

Ce faisant Schmidt dévoile ainsi très crument sa pensée : elle n’est pas bien profonde mais hyper libérale. C’est à souligner car du côté de la Californie, ce point de vue n’est pas isolé. La même idéologie, bien que moins nettement affichée, est finalement ce sur quoi repose par exemple un (malgré tout fort intéressant) livre, Makers, de Chris Anderson. Ce livre décrit la vision que l’ex rédacteur en chef de Wired a du futur de l’industrie à l’ère du numérique et des imprimantes 3D. On peut ne pas être ennemi du libéralisme, être un adepte convaincu d’Internet, et trouver que, quand même, ça coince un peu …

Même si la superficialité de ce qu’on n’ose appeler réflexion tant elle est caricaturale, la discrédite en partie, elle ne doit toutefois pas être prise à la légère. On peut en effet déjà constater qu’Internet se prête très bien aux pratiques les plus libérales qui soient. Il semble même parfois avoir été fait pour. La généralisation du travail gratuit – sur les blogs, Youtube, ou chez les adeptes de l’Open Source - en est le stigmate. Combien de gens aujourd’hui produisent gratuitement en espérant par là trouver le moyen de se faire connaître pour (enfin) gagner de l’argent ?

Dans bien des cas, Internet est ainsi déjà le lieu d’un « que le meilleur gagne » général, d’une lutte sans merci pour décrocher un (souvent illusoire) gros lot. Un lieu, qui plus est, souvent parfaitement inégalitaire où les plus favorisés ramassent toute la mise. Songez à la puissance qu’un compte Tweeter  donne aux plus connus à qui leur seule réputation assure des milliers voire des millions de « followers ».  

Bien sûr, tout Internet ne se résume pas à cela, ce qui n’empêche qu’il faut être conscient de cet aspect même s’il paraît difficile de s’en affranchir.

Ah, au fait, à part ça, le reste du livre ? On l’a dit Jared Cohen en a sans aucun doute écrit la plus grande partie. C’est un auteur réputé qui a entre autres fondé Google Ideas et été conseiller de Condoleezza Rice puis d’Hillary Clinton. Les sujets traités sont vastes. Ils concernent l’impact d’Internet sur les Etats, la Révolution, le Terrorisme et les Conflits mondiaux, ce qui n’est déjà pas si mal.... Sans atteindre un Himalaya de la pensée – on est plutôt au niveau du Puy de Dôme -  ce livre apporte un bon nombre d’informations sur ces sujets. Surtout si on n’y connaît pas grand chose.

Faut-il se donner la peine de le lire ? On  peut y jeter un oeil... Il possède en effet un mérite et un seul  : malgré ses errements, il rappelle utilement qu’avec Internet on n’a encore rien vu et que son impact à venir est probablement plus important qu’on ne l’imagine. Surtout, il met clairement en évidence que face à ces enjeux immenses, la balle est dans le camp des politiques.

Cela dit, le think tank de l’Institut Mines-Télécom vient de faire paraître un ouvrage collectif qui traite de ce sujet : « La Métamorphose numérique ». Je n’ai pas achevé sa lecture - il est moins facile que l'opus Schmidt-Cohen - mais, c’est nettement plus relevé et du peu que j’en ai lu, l’ouvrage me paraît autrement enrichissant. Et puis, c’est en français ! On y reviendra.

vendredi 24 mai 2013

Energie : un immense éclat de rire et... une formidable angoisse

Le pétrole coule à flots,
coule à pleins ruisseaux...
Comme dirait l’autre : « Je me marre ! »Voici des lustres que les meilleurs experts du monde prédisent la fin de l’abondance de l’énergie fossile et l’épuisement de ces ressources naturelles accéléré par l’insatiable gourmandise énergétique de la Chine. Tous les malthusiens du monde se sont alliés pour entonner ce refrain.

Et puis, vous le savez, tout a changé. Tout le monde et son frère, ainsi que l’Agence internationale de l’énergie, le constate aujourd’hui : les Etats-Unis devraient devenir le plus important producteur de pétrole dès 2020 et même être auto-suffisants en la matière en 2035. Cela sans même parler des gaz de schistes qui ont déjà fait baisser le prix du gaz de 75% en 5 ans aux Etats-Unis.

Avouez que c’est comique (ou irritant). Personne, semble-t-il, n’avait sérieusement présenté cette éventualité ou, du moins, n’avait pu faire valoir ce point de vue. Ce n’était pourtant pas impossible à envisager puisque le progrès technologique et la montée du prix du pétrole jouent un rôle important dans ce renversement de situation. Il y a en tout de quoi écorner sérieusement la confiance à accorder aux « experts » ( et, une fois de plus, donner tort à Malthus).

Qu’on se réjouisse ou s’attriste (pour cause de CO2) de cette nouvelle donne, elle suscite en revanche de très angoissantes questions. Elles sont très bien soulevées dans un article de l’International Herald Tribune signé par Ian Bremmer et Kenneth Hersch. L’un est président d’Eurasia Group, l’autre CEO de NGP Energy Capital Management.

L'enjeu est d’importance. Que va-t-il se passer au proche Orient maintenant que la nouvelle auto suffisance américaine  milite pour un désengagement des Etats-Unis de la région et que les besoins de la Chine peuvent en revanche la conduire à s’y impliquer plus fortement ?

Les auteurs de l'article posent notamment cinq questions fondamentales que je vous retranscris telles quelles puisque l'anglais a désormais droit de cité dans nos plus nobles institutions :

- How might a lighter U.S. presence and heavier Chinese involvement change the world’s most volatile neighborhood? 
- What can the next generation of Saudi leaders expect for their country’s future in a world where OPEC has lost much of its market power? 
- Will Qatar’s support for Muslim Brotherhood governments in other Arab states and China’s interest in using the United Arab Emirates as an offshore trading center for its currency leave the Saudis dangerously isolated? 
- Can Iran’s revolution survive the need to build a more modern economy?  

Et ils concluent : « Un monde dans lequel les Etats-Unis sont moins intéressés à répondre à ces questions est vraiment un monde nouveau ». Yes, indeed !

Lire l’article 
When America Stops Importing Energy
Lire aussi (ajouté de 19 juin 2013) : La diplomatie chinoise lorgne le Proche Orient



jeudi 16 mai 2013

A lire vite et sans aucune hésitation : " La Démocratie des Crédules"

N’êtes vous pas irrité parfois par les imbécillités  les contre vérités, les franches bêtises que vous pouvez entendre, voir ou lire dans les médias. N’êtes vous pas atterré quelquefois  par l’adhésion de certains des thèses totalement abracadabrantes qui font pourtant florès ? N’êtes vous pas lassé par la profonde défiance à la quelle la science et la technologie sont désormais systématiquement soumises ? Moi je le suis très souvent, à vrai dire presque en permanence.

Dans l’état de perpétuel agacement qui est le mien, la lecture du livre de Gérald Bronner, La Démocratie des Crédules, est arrivée comme un soulagement inespéré. Celui de lire enfin un livre intelligent qui rappelle que tout n’est pas égal par ailleurs ; qu’il y a une réalité, des faits concrets, du savoir, des connaissances et qu’il faut se battre pour que ces vérités conservent ou retrouvent la place qu’elles méritent. C’est bien. On respire. Ouf ! Merci Bronner.

Le livre est d’autant plus intéressant qu’il évite les explications faciles. Il exclut toute idée de « complot médiatique » ; il ne stigmatise pas non plus de supposés  imbéciles qui croient en tout et n’importe quoi. Par contre, et c’est son réel apport, il s’efforce brillamment de mettre à jour les processus « qui permettent au faux et au douteux de s’emparer de l’espace public » et souligne que nous sommes tous impliqués.

Pour le sociologue Gérald Bronner, ces processus sont  « favorisés par le développement de la technologie de l’information [comprendre Internet] mais aussi par le simple fonctionnement de notre esprit et… la nature même de la démocratie. » Une  grande partie du livre est consacrée à en apporter des démonstrations très convaincantes.

Ce livre qui est à classer dans la catégorie « lutte contre l’obscurantisme », a un autre mérite. Il tente, dans sa dernière partie de fournir quelques pistes pour passer « de la démocratie des crédules à celle de la connaissance. » Et là, il lève en passant un sacré lièvre. L’idée la plus répandue est en effet qu’on luttera d’autant mieux contre l’obscurantisme que la population sera plus éduquée. Bronner montre qu’il n’en est rien car ce sont plutôt ceux qui bénéficient d’une relativement bonne éducation qui sont le plus sujet à l’acceptation des thèses les plus douteuses…

Alors, que faire ? Je retiens deux conseils. Le premier s’adresse à mes confrères journalistes. Je résume abruptement : «  Bon sang, mais réfléchissez donc un petit peu avant d’écrire ou de reprendre n’importe quoi ! » Genre, donner sans se poser de question la parole au « fils de Mickael Jackson violé par Nicolas Sarkozy »...  Autrement dit : « journalistes vous avez une autre responsabilité que celle de vendre du papier  (ou des pages vues) »

Le second conseil est à destination de la communauté scientifique.  Là aussi, je résume : « apprenez à communiquer intelligemment, de façon efficace comme le font les activistes qui n’ont pas leur pareil pour faire passer leurs idées et contre lesquels vous ne savez pas faire valoir vos arguments. »

Je retiens enfin ceci : le paradoxe d’Olson. En bref, le fait que lorsque des individus ont tout intérêt à agir en commun, ils ne le font pas, pensant que d’autres dans le groupe s’investiront pour eux. C’est ainsi que se comportent la plupart d’entre nous. C’est précisément ce que ne font pas des minorités très motivées et « c’est ainsi que la connaissance orthodoxe se retrouve mise en minorité sur bien des terrains » écrit Gérald Bronner. Un appel à l’action !

vendredi 19 avril 2013

Uniformes de la police : l'inconcevable réaction de Montebourg


Habillés par GDF Suez, ils seront tout feu
tout flamme... Pourquoi s'en plaindre ?
Il y parfois des faits extrêmement choquants, des ministres qui déraillent et cela ne semble pas choquer grand monde, sauf moi. Peut être me trompé-je ? Mais quand même. Je vous fais juge...

Avez vous vu cette histoire du renouvellement du marché des uniformes de la police ? Je rappelle les faits.

Ce vaste marché vient d'être attribué à un consortium réunissant « l'entreprise Ineo, filiale du groupe GDF-Suez et deux PME françaises : la Société des Productions Calaisiennes et Balsan employant près de 360 salariés en France.»

Je viens là de citer le communiqué de presse envoyé par le ministère du redressement productif, le 17 avril.

Continuons la lecture. On y apprend aussi qu'Armor Lux (qui détenait jusque là ce marché) a été évincé et que  la Direction générale de la Police nationale  qui a fait ce choix « a estimé que l'offre de Cofely Inéo était la meilleure.» 

Jusque là tout va bien . Et puis, surprise ! Voici la suite, où s'exprime Montebourg  :

 « Néanmoins, dans un souci de solidarité et de préservation des savoir-faire de la filière textile française, j'ai instamment demandé ce jour a Monsieur Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez, de bien vouloir étudier sans délai, dans l'exécution du marché qui vient d'être confié a sa filiale Cofely Inéo, toutes les voies et moyens, permettant de maintenir le maximum d'emplois en France et de confier aux PME-PMI du groupement Armor, une partie du chiffre d'affaires et des pièces a réaliser.»

Incroyable ! Oui, vous avez bien lu :  le ministre veut confier au perdant de l'appel d'offres, "une partie du chiffre d'affaires et des pièces a réaliser" ! Au nom de quoi Montebourg peut-il demander cela  au patron de GDF Suez ? S'il y a une bonne raison, on aimerait la connaître. Sinon on aura vite fait de ramener sur le devant de la scène la photo de Montebourg s'exhibant en marinière... Armor Lux. Ce n'est pas très malin.

Après cela, dites moi : j'ai raison d'être choqué ou je délire ? Pour le quotidien Libération en tout cas, cela ne pose pas problème. Son papier sur le sujet ( la reprise de la dépêche AFP, en fait) se fait plutôt l'avocat d'Armor Lux, citant même un député PS de la région Finistère qui juge la décision  « affligeante »  et regrette la «fragilisation » d’Armor-Lux.

Cela  finit même par être risible car dans le même article, Libé-AFP cite aussi le PDG d'Armor Lux qui  de son côté affirme, parlant du non renouvellement du contrat,  avoir « largement anticipé ce risque. » 

Pour en savoir plus, on pourra lire avec intérêt le papier écrit sur son blog par le Pr. Carlos Moreno, Conseiller scientifique du Président de Cofely Inéo, GDF Suez.