mercredi 23 janvier 2013

Fleur Pellerin : de bonnes mesures pour l'innovation


Hier, lors de la remise des Trophées de l’Innovation décernés par l’INPI, Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes Entreprises, de l'Innovation et de l'Economie numérique a consacré son discours a l’innovation. Un discours intéressant avec une présentation de décisions déjà prises ou à venir concernant l’innovation.

Bonne nouvelle : ces mesures vont dans le bon sens. Surtout on remarquera à cette occasion que c’est peut être la première fois que l’innovation est vraiment traitée en tant que telle et non par le biais de la R&D. Cela constitue vraiment un progrès considérable. La création du poste de ministre délégué à l'innovation se justifie pleinement.

Voici quelques extraits des points clés du discours

Sur la création  du crédit d’impôt innovation

« nous avons créé le Crédit d’impôt Innovation destiné aux PME : les dépenses de prototypage sont maintenant soutenues à hauteur de 20%. C’est donc jusqu’à 400 000 euros qui peuvent être économisés dans le développement d’un nouveau produit »

Sur les pôles de compétitivité et l’innovation

« Concrètement, nous venons d’entrer dans une nouvelle phase de l’existence des pôles de compétitivité, qui, au cours des six prochaines années, deviendront le pivot de notre système d’innovation. Désormais, les projets seront suivis et accompagnés tout au long de leur durée, de leur invention jusqu’à leur industrialisation et leur commercialisation. Les débouchés économiques seront l’objectif numéro 1 des pôles, sur lesquels ils seront évalués.  En résumé, les pôles deviendront des "usines à produits d’avenir".»
«Pour accompagner les pôles dans cet effort, 100 millions d’euros issus du PIA ont été affectés à un programme d’industrialisation des projets développés par les pôles de compétitivité, ce qui représente un effort tout à fait significatif de la part du Gouvernement. »

Le soutien au design

« La France possède une grande tradition de design, fortement reconnue dans le monde entier, qui est habituellement négligée par nos politiques : je veillerai à y remédier, car l’innovation n’est pas uniquement technologique »

Le rôle de l’état

« J’affirme que l’Etat doit être à nouveau capable, comme il le fit par le passé – et avec succès –, de définir des priorités au service de l’innovation française. […] Nous avons donc pris la décision de mettre en place un programme de soutien aux innovations de ruptures, d’ores et déjà doté de 150 millions d’euros, dont la Banque Publique d’Investissement sera l’opérateur. Ainsi, en fonction de nos atouts et de nos savoir-faire, l’Etat déterminera-t-il les défis à relever, dans des secteurs aussi différents que l’énergie – notamment les énergies renouvelables –, le numérique, la santé, etc. Notre objectif sera d’accompagner la création des grands champions industriels de demain : pourquoi les Google de 2030 ne pourraient-ils pas naître parmi nos PME et nos ETI, aidées et renforcées ? »
Il y a pas mal d'autres choses encore (notamment sur les brevets) dans ce discours. Vous pouvez le lire dans sont intégralité en cliquant sur ce lien 

jeudi 17 janvier 2013

Un an de réindustrialisation : les idées se clarifient

Il y a un an jour pour jour démarrait ce blog avec – hasard ou prémonition ? - un papier sur Louis Gallois, encore patron d’EADS, se disant assuré que « le rebond industriel de la France  est possible.» Il affirmait déjà : «  il faut abaisser le coût du travail par l’allègement des charges sociales sur les entreprises, donc en transférer une partie sur la fiscalité».

L’eau a coulé sous les ponts depuis. Près de 200 posts ont été publié (plus de 300000 signes ! ), le blog attire de plus en plus de visiteurs, que je salue ici (vous êtes plus de 150 chaque jour) et, surtout,  il s’est passé pas mal d'évènements notables sur le front de la réindustrialisation.

1. En France, elle est devenue « redressement productif » avec un ministre qui a plutôt déçu les rares qui en attendaient des résultats concrets. Passons…
2. Le souhait du soldat Louis Gallois – le « choc de compétitivité » - a été a moitié exaucé. Dans son souci permanent de ménager la chèvre et le chou, le gouvernement a pris une décision très courageuse en acceptant d’apporter 20 milliards aux entreprises et, dans le même temps, en a affaibli la portée par le choix de la méthode. Le « choc » est devenu « pacte ». On verra ce que ça donne.

En fait, ces tribulations franco françaises ne sont pas le plus important. Ce qui me frappe en regardant l’année écoulée est de voir à quel point la réflexion a avancé sur le sujet de la réindustrialisation. Et ce n’est pas de la France viennent les idées les plus intéressantes, mais des Etats-Unis.

En France, l’idée de relancer l’industrie manufacturière fait (apparemment) consensus. Là bas il existe une population exotique – les « libéraux »… – qui ne sont ni convaincus que le manufacturing doit faire l’objet d’un traitement spécifique et encore moins que l’état a un rôle à y jouer. Moralité : ça discute et ça débat. Et pour faire avancer leurs idées, tout au long de l’année les « pro manufacturing » n’ont pas été avares en publications, rapports, études et ouvrages de réflexion sur le sujet. Le blog s’en est fait l’écho.

Ainsi, peu à peu les idées ont mûri et les arguments se sont affinés. On a commencé par « Le manufacturing c’est bon pour l’emploi car un emploi créé en génère plusieurs dans les services. »  On en est aujourd’hui à « le manufacturing n’apportera rien en termes d’emplois mais il est indispensable pour innover. » Et on se fait même plus précis : « tous les types de production manufacturière ne sont pas souhaitables sur le territoire américain ; seuls ceux pour lesquels il est important que la R&D soit proche de la production comptent car c’est ceux là uniquement qui génèrent de l’innovation. »

Dernière avancée sur le thème du type de production que doivent développer les Etats-Unis sur leur territoire, celle de l’économiste Ricardo Hausmann. Il affirme : « la direction la plus pertinente à prendre par les Etats-Unis est celle de la production des machines qui seront indispensable pour réaliser les produits de la prochaine révolution industrielle. C’est là que les produits sont le plus complexes et aussi que les salaires seront les plus importants. »

Ce point de vue renforce celui qui s’est affirmé cette année et selon lequel les outils de production avancés et la R&D sur ce thème sont d’une importance fondamentale. L’idée a fait son chemin en Europe comme aux Etats-Unis.

Trois autres points sont à retenir :

1. L’amorce d’une relocalisation  de la production aux Etats-Unis, fait qui a été abondamment argumenté dans une importante étude du Boston Consulting Group et popularisé notamment par les propos du patron de GE.
2. La prise de conscience renouvelée de l’importance de l’automatisation – et de la robotique en particulier – qui apparaît comme la solution miracle pour la compétitivité. Ce qui explique également pourquoi on ne croit désormais plus à l’industrie comme génératrice d’emploi. On embauchera plus de robots que d’individus
3. La prise de conscience renouvelée de l’importance des technologies de l’information et de la révolution numérique. L’idée qu’en la matière « on n’a encore rien vu » et que de formidables développements vont tout changer prend de l’importance. Même Paul Krugman, le fameux économiste américain, s’en est récemment  convaincu. Idée qui va de pair avec celle selon laquelle nous serions dans la phase de destruction de la « création destructrice » chère à Schumpeter et qu’une nouvelle et formidable ère d’innovation est pour… demain (elle ferait bien de se presser…).

Enfin, côté technologies on pourra se rappeler 2012 comme l’année où deux technologies ont pris leur essor et commencé à faire vraiment parler d’elles : les Big Data, toutes nouvelles, ont émergées tandis que les technologies de fabrication additive, plus anciennes, ont franchi cette année un cap décisif.

lundi 7 janvier 2013

Industrie : inventée par l'Angleterre, mais c'est toujours l'Allemagne qui gagne...


Je relisais il y quelque temps L’Europe Technicienne (The Prometheus Unbound en VO).  Cet ouvrage de référence de l’historien américain David Landes sur l’industrialisation de l’Europe à partir des années 1750, est paru en 1969. Il est toujours aussi passionnant et instructif. Et puisque les réussites industrielles allemandes font aujourd’hui l’envie de tous, je ne résiste pas à vous en faire partager quelques extraits.
« [En 1850, l’Angleterre] est à l’apogée de sa carrière d’atelier du monde. […] Cette petite île dont les habitants étaient deux fois moins nombreux que ceux de la France, donnait les deux tiers du charbon produit dans le monde, la moitié du fer, la moitié du drap de coton. Sa marchandise faisait prime sur tous les marchés du monde ; ses industriels ne craignaient nulle concurrence »
Pourtant,  à partir de 1850, c’est, en Europe, l’Allemagne qui va peu a peu s’imposer au détriment du Royaume-Uni jugé pourtant indépassable. Les raisons sont multiples, mais j’en ai choisi trois qui me paraissent significatives.

Au milieu du XIXè siècle l’Angleterre sûre d’elle-même boude l’innovation.
« Pendant ce temps, en Allemagne, l’innovation s’était faite institution : le changement faisait bel et bien partie du système. On ne pouvait compter sur de grandes découvertes [locales]. Mais on pouvait compter que les inventions, quelles qu’en fussent les origines, seraient expérimentées et exploitées ; et il y avait au sein de l’industrie elle-même un courant régulier de petits perfectionnements qui, en s’accumulant constituèrent une révolution technique ».
Et maintenant ceci :
« Pour juger au mieux de cette façon tout pécuniaire de poser les problèmes [d'investissement, en Angleterre] il n’est que de la mettre en regard de la rationalité technique des allemands. C’était une arithmétique d’une autre espèce, qui maximisait non point les bénéfices, mais le rendement technique. Pour l’ingénieur allemand, pour l’industriel, pour le banquier qu’il avait derrière lui, le nouveau était à désirer non pas parce qu’il rapportait, qu’il était «payant » comme disent les anglais, mais parce qu’il se traduisait par un meilleur travail. Il y avait la bonne et la mauvaise manière de faire les choses, et la bonne, c’était la manière scientifique, mécanisée, celle qui mobilisait surtout du capital. »
Et ceci enfin, concernant l’instruction. Elle avait fait la force de l’Angleterre au XVIIIè voici ce qu’écrit Landes pour le milieu de XIXè :
« L’instruction, c’est la transmission de quatre sortes de connaissances, chacune contribuant à sa manière au rendement économique. 1) Le savoir lire, écrire et calculer. 2) la compétence technique de l’artisan et du mécanicien  3) la combinaison du principe scientifique et de l’application pratique dans la formation de l’ingénieur ; 4) la connaissance scientifique de haut niveau théorique et appliquée. Dans les quatre domaines, l’Allemagne possédait ce que l’Europe avait de mieux à offrir ; dans les quatre domaines, à l’exception peut-être du deuxième, l’Angleterre demeurait loin en arrière.»
Cela se passe de commentaires, non ?

jeudi 3 janvier 2013

Petit débit mais grande innovation : le réseau mobile pour l’Internet des objets


Les opérateurs télécom s’acharnent à mettre au point des réseaux mobiles toujours plus performants : jusqu’à 100 Mbit/s avec la 4G. Pendant ce temps, une start-up française, Sigfox arrive sur le marché avec un réseau ridicule : un débit maximum de 1 Kbit et, tenez vous bien, commençant à 10 bit/s. Cent mille fois moins que la 4G ! Et c’est une colossale innovation !

Innovation ? Oui car, en l’occurrence, moins, c’est beaucoup plus. Parce que ce réseau n’a pas pour ambition de véhiculer des flots de données à grande vitesse, comme des images ou de la vidéo. Il se destine à une application bien particulière : l’Internet des objets. Autrement dit au dialogue entre des objets munis d’un peu d’intelligence et un ordinateur. Et pour ce que les objets ont à dire, ce débit microscopique est largement suffisant. Pensez par exemple au relevé à distance de compteurs électriques. Ou au suivi centralisé d’objets divers et variés.

La beauté du réseau de Sigfox est que sa technologie dite UNB (ultra narrow band) est non seulement bien suffisante pour les applications qu’elle vise mais surtout qu’elle apporte des bénéfices inouïs.

Le plus important tient au fait que contrairement aux réseaux classiques dont les stations de base n’ont qu’un champ d’action limité, la technologie UNB offre une très longue portée : jusqu’à 40 km en champ libre. Résultat au lieu d’un maillage extrêmement fin du territoire, il suffit de très peu d’antennes pour couvrir un vaste espace.  Selon Ludovic Le Moan, le fondateur et patron de Sigfox, «  dix antennes suffisent pour couvrir une ville comme Paris et un millier seulement pour la France entière. »

En outre, les stations de base seraient « 100 fois moins chères à construire et à opérer », tandis que le coût d’équipement d’un objet pour le rendre communicant serait lui aussi en chute libre.

L’intérêt du système n’a pas échappé à Intel qui a participé largement à la seconde levée de fonds de 10 M€ réalisée en septembre dernier aux côtés des investisseurs existants (Elaia Partners, Partech Ventures International et iXO Private Equity).

On comprend cet intérêt lorsqu’on sait cet « Internet des objets », dont on parle depuis longtemps, semble cette fois bien parti pour décoller. Il n’est qu’à regarder du côté de General Elecric qui vient de lancer le terme « Industrial Internet » pour le désigner et a l’intention d’investir pas moins de 1,5 milliard de dollars sur trois ans pour mettre au point les technologies nécessaires. Pour GE, l’Industrial Internet n’est pas moins que « la troisième vague d’innovation et de changement industriel », après la Révolution Industrielle et celle d’Internet. Excusez du peu ! (voir l’article sur ce blog)

Sigfox a déjà couvert une bonne partie du territoire français et réalisé des applications dans différents pays. Ludovic Le Moan revendique déjà « plus de 10000 objets connectés », dont ceux de Clear Channel (le concurrent américain de JC Decaux) pour télégérer son parc de mobilier urbain.

Les ambitions du « premier opérateur de réseau cellulaire dédié à l’internet des objets »,  sont immenses. Il vise un déploiement mondial de son réseau. « Il suffit de 200 M€ pour couvrir le monde » affirme-t-il. Et, conséquent avec son ambition, il ne saurait se contenter des 12 M€ de financement qu’il a déjà reçu. Il affirme qu’il espère lever 100 M€ pour mener à bien son projet. C’est tout le mal qu’on lui souhaite...

On remarquera en tout cas que le produit de Sigfox est l’illustration parfaite de ce que Clayton Christensen a baptisé disruptive innovation. Un  vrai cas d’école : en étant moins sophistiquée, elle en donne beaucoup plus dans des applications où l’offre disponible est surdimensionnée. Et ce faisant elle prend à contrepied les offreurs établis, en l’occurrence les opérateurs qui, engagés dans une course vers le plus haut de gamme, ont autre chose à faire qu’à venir se battre dans ce nouveau segment de marché…

 Cela dit : est-ce vraiment si sûr qu’alertés par cette offre, si le marché est aussi prometteur qu’on le suppose les opérateurs ne se décident pas à proposer  une solution équivalente ? L’affaire sera intéressante à suivre…

vendredi 21 décembre 2012

Big Data : la very very Big vision stratégique de General Electric

J'ai beaucoup de choses à dire !
General Electric ne lésine pas. Pour l’entreprise américaine cela ne fait pas de doute : nous sommes sur le point de connaître la troisième grande vague d’innovation et de changement de l’industrie. La première a été le Révolution industrielle ; la deuxième la Révolution Internet. La troisième est celle qu’il a baptisé « Industrial Internet ».

Pour faire de cette vision une réalité GE investira 1,5 milliard de dollars de R&D sur 3 ans, en particulier dans son flambant neuf centre de R&D en logiciel de San Ramon, en  Californie.

Pour évangéliser les foules et faire partager sa vision, l’entreprise vient également de publier (le 26 novembre dernier) un très riche document de pas moins de 37 pages expliquant point par point ce qu’est cet Internet Industriel et pourquoi il va tout révolutionner : Industrial Internet – Pushing the Boundaries of Minds and Machines. Il vous dira tout.

Conceptuellement l’idée est assez simple. GE imagine qu’en bourrant de capteurs ses équipements – par exemple ses moteurs d’avion –  il récupérera un déluge d’information que les technologies dite « big data » lui permettront de traiter efficacement. Le tout pour prendre  des décisions propres à rendre les produits plus efficaces (prévenir les pannes, optimiser la maintenance, économiser l’énergie…). Et pas seulement les produits individuels mais également l’ensemble du système dans lequel ils sont insérés (une usine, une flotte d’avion, un aéroport…)

L’idée qui en réalité n’est pas vraiment nouvelle prend toutefois tout son sens aujourd’hui puisque la capacité de traitement du moindre PC est colossale, le prix des capteurs en chute libre et les outils du Big Data permettant de traiter des Everest de données en train de se développer.

Il reste cependant encore beaucoup de recherche à effectuer pour rendre l’ensemble vraiment opérationnel. C’est une chose de conseiller un livre à un acheter comme le fait amazon en traitant les données dont il dispose. C’est un peu plus compliqué d’indiquer de façon fiable à un avionneur qu’il doit prévoir la maintenance des moteurs de tel ou tel avion. Et c’est bien pour cela que GE investit tant dans le logiciel.

Tout cela s’applique  en tout cas très bien aux produits que fabrique GE : des moteurs d’avions, des locomotives, des machines d’IRM et ses systèmes de production d’énergie (turbines…)

 Pour situer les enjeux, GE indique dans son document qu’il y a grosso modo 43000 réacteurs d’avion en activité (et 30000 nouveaux d’ici à 15 ans) et qu’ au moins trois grandes pièces tournantes peuvent être instrumentées pour suivre le moteur en temps réel.  Anil Varma, chercheur du labo de San Ramon (cité par Technology Review) souligne ainsi que ces moteurs auraient le potentiel de produire en un an « davantage de données que celles collectées par GE depuis qu’il est dans le métier de l’aviation. »

Pour GE, le traitement peut s’appliquer à la plupart de produits qu’il fabrique et dans son document sur l’Internet Industriel, il estime qu’il y a aujourd’hui au moins « trois millions de ‘choses qui tournent’ qui pourraient être instrumentées de la sorte. » C’est donc bien d’un déluge de données qu’il est question ! Mais aujourd’hui, avec les technologies de Big Data, le déluge n’effraie plus personne…

A Lire
 Industrial Internet – Pushing the Boundaries of Minds and Machines

mercredi 19 décembre 2012

L’avenir du manufacturing selon Mac Kinsey : compétitivité oui, emploi non

L'atout du manufacturing : l'innovation, pas l'emploi
Voici une récente (novembre 2012) et copieuse (170 pages) étude consacrée au manufacturing. Elle est réalisée par Mac Kinsey Global Institute (MGI). Son titre, Manufacturing the Future : The Next Era of Global Growth and Innovation, indique clairement son ambition: analyser le rôle du manufacturing dans l’économie mondiale et imaginer son futur à l’horizon d’une décennie. Bonne idée.

Parmi les informations les plus significatives celle-ci : il faut faire son deuil de l’industrie comme grand pourvoyeur d’emploi. Elle restera une source d’innovation, de productivité et de compétitivité mais plus le créateur d’emplois qu’elle a été.

Parmi ses recommandations, celle-ci, dont elle fait une priorité absolue : le développement de l’éducation et des compétences.

L’étude développe trois idées fortes :

1- Le rôle du manufacturing dans l’économie change 
En particulier le manufacturing comprend une part de plus en plus importante de services. Par exemple aux Etats-Unis chaque dollar de production réclame 19 cent de services et dans de nombreuses industries, les emplois du type « service » représentent jusqu’à la moitié des effectifs

Second changement : comme déjà signalé si le manufacturing continuera à être source indispensable de croissance et de richesse, il ne faut plus trop compter sur lui pour fournir de nombreux emplois. Son point fort reste le fait que la production manufacturière représente 77% de toutes les exportations (chiffre 2010). Et qu’elle pèse 70% de la R&D privée (2006)

L’étude montre enfin que la production manufacturière dans le monde continue de croître. Elle pèse 16% du PNB mondial et 14% de l’emploi. Mais le rapport montre qu’en réalité, la part du manufacturing est très variable selon l’état de développement des pays. Quand les économies s’industrialisent, sa part croît fortement jusqu’à atteindre 20 à 35% du PNB. Puis… elle décroit. Explication : à mesure que les travailleurs s’enrichissent ils consomment davantage de services, ce qui développe ce secteur d’activité.

2- Le manufacturing n’est pas monolithique 
MGI a réparti les activités de production manufacturières en cinq grandes catégories qui offrent des profils très tranchés et qui réclament des traitements et des stratégies bien différents

-Les entreprises du groupe « Global innovation for local market » (chimie, transports, machines…) représentent 34% de la valeur ajoutée mondiale du manufacturing (et 30% des emplois).
- Le groupe « regional processing » (pastique et caoutchouc, boissons, tabac, imprimerie…) se place en second avec 28% de la valeur ajoutée (et 37% des emplois).
- Le groupe « Energie et/ou commodités à fort contenu en ressources » (bois, pétrole, papier…) compte pour 22% de la valeur ajoutée (et 13% des emplois) .
- Le groupe « Technologies globales/Innovateurs »  (semiconducteurs, ordinateurs, médical…) pèse 9% de la valeur ajoutée (et 8% des emplois)..
-Le groupe « produits à fort contenu en main d’œuvre » ne représente lui que 7% de la valeur ajoutée (et 12% des emplois).

3- Le manufacturing  entre dans une nouvelle dynamique
Mc Kinsey identifie quatre tendances à l’horizon 2025:

- La majorité de la consommation sera le fait des économies en développement ce qui créera de belles opportunités de marché
- Dans les marchés traditionnels la demande sera plus fragmentée avec des offres plus variées et comportant davantage d’après vente et de services
- Un riche pipe line d’innovation - des nano matériaux à l’impression 3D en passant par la robotique -  promet de créer de nouveaux types de demande et d’augmenter encore les gains de productivité dans tous les domaines de la production.
- L’environnement économique continuera toutefois d’être extrêmement incertain et en tout cas moins bon qu’il ne l’était avant la récente crise.

A lire
L’executive summary (16 pages)
Le rapport complet (170 pages)

jeudi 13 décembre 2012

Des Mac et des PC fabriqués aux Etats-Unis : la production électronique en Chine n’est plus la panacée !

Made in USA ?
Surprise. Grosse surprise ! Le 4 décembre dernier, Tim Cook, le patron d’Apple a annoncé que son entreprise allait investir 100 millions de dollars pour… la production de Mac Intosh aux Etats-Unis ! Incroyable mais vrai. Et d’autant plus étonnant qu’il y a tout juste un an, feu Steve Jobs répondait à Barack Obama qu’il était hors de question qu’Apple produise à nouveau sur le territoire américain…

Tim Cook n’a pas été très disert, se contentant de dire que la production des Mac pourrait se faire avec un partenaire. N’empêche, c’est une annonce extrêmement significative. Elle l’est d’autant plus qu’elle n’est pas isolée.

Ainsi, il se murmure depuis peu que Foxconn, le géant taïwanais rendu célèbre par la production des produits d’Apple en Chine, étudierait l’opportunité d’une implantation… aux Etats-Unis ! Selon le site taïwanais DigiTimes, à l’origine de cette information, l’installation dans des villes comme Detroit ou Los Angeles serait étudiée, probablement « pour la production de téléviseurs à écran plat » imagine Digitimes.

Ce n’est qu’une rumeur, mais plusieurs autres événements mettent en lumière le fait que la Chine n’est peut être plus la panacée pour la fabrication de produits électroniques.

L’un de ces événements est l’annonce en octobre dernier par le chinois Lenovo, le second fabricant mondial de PC, de l’ouverture prochaine d’une usine de montage de micro ordinateurs en Caroline du Nord. Cette nouvelle est d’autant plus piquante que, pour ceux qui s’en souviennent, Lenovo est l’entreprise qui en 2005 a repris l’activité micro ordinateurs d’IBM.

Selon son patron, Lenovo a choisi de s’installer aux Etats-Unis car, dit-il, « nous croyons à la solidité du marché américain de la micro informatique et que nous pensons qu’il nous offre de bonnes opportunités de croissance ».

Un autre raison, est avancée. En produisant sur le sol américain l’entreprise chinoise pense qu’elle pourra se montrer plus réactive pour répondre aux demandes des utilisateurs locaux. Il faut en théorie une dizaine de jours pour qu’un PC fabriqué en Chine atteigne le consommateur américain. Dans les faits c’est plutôt une affaire de semaines.

Au delà de ce discours convenu, il n’est pas interdit non plus de voir  dans cette annonce une opération de séduction des pouvoirs publics et des consommateurs à l’heure ou le « made in America » est devenu un enjeu politique.

Dans les faits la portée réelle de l’implantation de Lenovo reste limitée. Après tout, même si l’usine est appelée à croître elle ne créera dans un premier temps que 115 emplois. Surtout, elle n’est qu’un site d’assemblage : tous les composants des PC fabriqués en Caroline du Nord viendront d’Asie.

Mais un autre évènement vient toutefois confirmer ce mouvement. Juste avant son annonce choc d’une production aux Etats-Unis, le même Lenovo avait en effet également décidé d’investir dans une unité de production de PC au Brésil pour profiter de ce vaste marché. Et puisqu’il est question du Brésil, il faut également se souvenir  Foxconn lui aussi a ouvert une usine de production d’iPhone et d’iPad  dans ce pays. Dans ce cas, la motivation de ces installations est liée aux droits de douanes que le Brésil agite comme un épouvantail.

Ce grand vent d’annonces marque-t-il le début d’une renaissance de la production électronique aux Etats-Unis ? Peut être, mais il faut se montrer prudent. Il faut savoir en effet que dans tous les cas, la quasi totalité des composants des PC et autres iPhone vient d’Asie. Il est donc loin d’être évident qu’avec un supply chain entièrement asiatique, la production en volume aux Etats-Unis redevienne rapidement la norme.

mercredi 7 novembre 2012

Rapport Gallois : les 21 autres propositions…(une roadmap pour Montebourg)


Un rapport : 22 propositions. Y'a plus qu'à...
C’était inespéré. Le gouvernement reprend l’essentiel des propositions du rapport Gallois. On ne va pas se plaindre, même s’il y a toujours à redire. En l’occurrence il faut quand même souligner le courage de Jean-Marc Ayrault. Il a certes « mangé son chapeau » en acceptant la hausse de la TVA qu’il avait exclue, mais ce revirement est plutôt à son avantage. Perseverare, diabolicum…

Mais, au fait, si on parle abondamment des 20 milliards de « crédit d’impôt compétitivité », il faut se rappeler que le fameux rapport comporte 21 autres  propositions majeures. La 5ème « mener les recherches sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste », a déjà été rejetée. A l’évidence, le fruit n’est pas mûr, comme l'a longtemps été celui de l’augmentation de la TVA. Patience...

Reste les 20 autres, qui sont fort intéressantes à connaître. De quoi faciliter la tâche à Arnaud Montebourg, qui jusque là n’a pas brillé par son efficacité. Ces propositions constituent une vraie feuille de route pour son ministère. Il n’a plus qu' à les suivre... Cool.


LES PRINCIPALES PROPOSITIONS DU RAPPORT GALLOIS

1ère proposition :
l’État s’engage à ne pas modifier cinq dispositifs, au moins, au cours du Quinquennat :
- le crédit impôt recherche
- les dispositifs dits « Dutreil » favorisant la détention et les transmissions d’entreprises
- la contribution économique territoriale (68 modifications de la taxe professionnelle en 35 ans !)
- les incitations « sociales » aux jeunes entreprises innovantes, rétablies à leur niveau de 2010.
- les dispositifs en faveur de l’investissement dans les PME, notamment « l’IR PME » et « l’ISF PME » (annonce du Président de la République à la Remise des Prix de l’Audace Créative – le 20/09/2012).

2éme proposition :
introduire dans les Conseils d’Administration ou de Surveillance des entreprises de plus de 5000 salariés, au moins 4 représentants des salariés, sans dépasser le tiers des membres, avec voix délibérative, y compris dans les comités des conseils.

3ème proposition :
créer un Commissariat à la Prospective, lieu d’expertise et de dialogue social. Accompagner chaque Loi de Finances d’un rapport sur la situation de l’appareil productif fondé sur les travaux du Commissariat.

4e proposition 
créer un choc de compétitivité en transférant une partie significative des charges sociales jusqu’à 3,5 SMIC – de l’ordre de 30 milliards d’euros, soit 1,5 % du PIB – vers la fiscalité et la réduction de la dépense publique. Ce transfert concernerait pour 2/3 les charges patronales, et pour 1/3 les charges salariales.

5e proposition :
mener les recherches sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste.

6e proposition :
aligner les conditions de crédit et des garanties export, en volume, quotité et taux sur le meilleur niveau constaté dans les pays avancés et créer un « prêteur direct » public.

7e proposition : 
sanctuariser le budget de la recherche publique et celui du soutien à l’innovation sur la durée du quinquennat.

8e proposition :
créer un mécanisme d’orientation de la commande publique vers des innovations et des prototypes élaborés par des PME : objectif de 2 % des achats courants de l’État.

9e proposition :
créer, au sein de la BPI, un produit constitué d’actions de préférence sans droit de vote (bénéficiant en contrepartie d’une rémunération privilégiée).

10e proposition :
élaborer un équivalent du « Small Business Act », comme cadre de cohérence des dispositifs en faveur de la croissance des PME.

11e proposition :
conditionner les soutiens de l’État aux actions des grandes entreprises à leur capacité à y associer leurs fournisseurs et sous-traitants.

12e proposition :
renforcer la gouvernance et les moyens des comités de filières de la CNI.63

13e proposition : 
donner aux Régions la responsabilité de coordonner l’action des différentes structures régionales en charge de promouvoir l’innovation et le développement de l’industrie, ainsi que d’animer le dialogue social.

14e proposition :
systématiser la présence des entreprises dans la gouvernance de l’enseignement technique et professionnel au niveau des établissements (Conseils d’administration), des Régions (établissement des cartes de formation) et au niveau national.

15e proposition : 
doubler le nombre de formations en alternance sur la durée du quinquennat.

16e proposition : 
demander aux partenaires sociaux de négocier les modalités de mise en œuvre d’un compte individuel de formation, « crédité » soit au début de la vie active, soit chaque année, et attaché non au statut, mais à la personne.

17e proposition :
confirmer aux Commissaires aux comptes qu’ils doivent obligatoirement joindre à leur avis
sur les comptes de l’entreprise, un rapport sur le crédit interentreprises. Prévoir des sanctions
administratives (DGCCRF) en cas de manquement aux règles sur les délais de paiement.

18e proposition : 
allonger la « durée » des contrats d’assurance vie par une adaptation de leur régime fiscal ; avantager fiscalement les contrats en unités de compte (c'est-à-dire investis en actions) et les « contrats diversifiés » par rapport aux contrats dits en euros (placements essentiellement obligataires).

19e proposition :
doubler en cinq ans la capacité de France Investissement (BPI) à développer des partenariats public-privé dans le domaine du capital-investissement pour soutenir les entreprises ayant de forts besoins d’investissement au moment de l’industrialisation de leurs innovations.

20e proposition :
donner au CGI la mission de porter trois priorités techniques et industrielles :
(1) les technologies génériques,
 (2) la santé et l’économie du vivant
(3) la transition énergétique.

21e proposition : 
accompagner toutes les décisions européennes concernant la concurrence d’un avis d’experts économiques et industriels extérieurs à la Commission ; cet avis serait public.

22e proposition :
autoriser les entreprises qui le souhaitent à faire présider le Comité d’Entreprise par un représentant des salariés.

A LIRE
L’ intégralité du rapport