mercredi 19 décembre 2012

L’avenir du manufacturing selon Mac Kinsey : compétitivité oui, emploi non

L'atout du manufacturing : l'innovation, pas l'emploi
Voici une récente (novembre 2012) et copieuse (170 pages) étude consacrée au manufacturing. Elle est réalisée par Mac Kinsey Global Institute (MGI). Son titre, Manufacturing the Future : The Next Era of Global Growth and Innovation, indique clairement son ambition: analyser le rôle du manufacturing dans l’économie mondiale et imaginer son futur à l’horizon d’une décennie. Bonne idée.

Parmi les informations les plus significatives celle-ci : il faut faire son deuil de l’industrie comme grand pourvoyeur d’emploi. Elle restera une source d’innovation, de productivité et de compétitivité mais plus le créateur d’emplois qu’elle a été.

Parmi ses recommandations, celle-ci, dont elle fait une priorité absolue : le développement de l’éducation et des compétences.

L’étude développe trois idées fortes :

1- Le rôle du manufacturing dans l’économie change 
En particulier le manufacturing comprend une part de plus en plus importante de services. Par exemple aux Etats-Unis chaque dollar de production réclame 19 cent de services et dans de nombreuses industries, les emplois du type « service » représentent jusqu’à la moitié des effectifs

Second changement : comme déjà signalé si le manufacturing continuera à être source indispensable de croissance et de richesse, il ne faut plus trop compter sur lui pour fournir de nombreux emplois. Son point fort reste le fait que la production manufacturière représente 77% de toutes les exportations (chiffre 2010). Et qu’elle pèse 70% de la R&D privée (2006)

L’étude montre enfin que la production manufacturière dans le monde continue de croître. Elle pèse 16% du PNB mondial et 14% de l’emploi. Mais le rapport montre qu’en réalité, la part du manufacturing est très variable selon l’état de développement des pays. Quand les économies s’industrialisent, sa part croît fortement jusqu’à atteindre 20 à 35% du PNB. Puis… elle décroit. Explication : à mesure que les travailleurs s’enrichissent ils consomment davantage de services, ce qui développe ce secteur d’activité.

2- Le manufacturing n’est pas monolithique 
MGI a réparti les activités de production manufacturières en cinq grandes catégories qui offrent des profils très tranchés et qui réclament des traitements et des stratégies bien différents

-Les entreprises du groupe « Global innovation for local market » (chimie, transports, machines…) représentent 34% de la valeur ajoutée mondiale du manufacturing (et 30% des emplois).
- Le groupe « regional processing » (pastique et caoutchouc, boissons, tabac, imprimerie…) se place en second avec 28% de la valeur ajoutée (et 37% des emplois).
- Le groupe « Energie et/ou commodités à fort contenu en ressources » (bois, pétrole, papier…) compte pour 22% de la valeur ajoutée (et 13% des emplois) .
- Le groupe « Technologies globales/Innovateurs »  (semiconducteurs, ordinateurs, médical…) pèse 9% de la valeur ajoutée (et 8% des emplois)..
-Le groupe « produits à fort contenu en main d’œuvre » ne représente lui que 7% de la valeur ajoutée (et 12% des emplois).

3- Le manufacturing  entre dans une nouvelle dynamique
Mc Kinsey identifie quatre tendances à l’horizon 2025:

- La majorité de la consommation sera le fait des économies en développement ce qui créera de belles opportunités de marché
- Dans les marchés traditionnels la demande sera plus fragmentée avec des offres plus variées et comportant davantage d’après vente et de services
- Un riche pipe line d’innovation - des nano matériaux à l’impression 3D en passant par la robotique -  promet de créer de nouveaux types de demande et d’augmenter encore les gains de productivité dans tous les domaines de la production.
- L’environnement économique continuera toutefois d’être extrêmement incertain et en tout cas moins bon qu’il ne l’était avant la récente crise.

A lire
L’executive summary (16 pages)
Le rapport complet (170 pages)

jeudi 13 décembre 2012

Des Mac et des PC fabriqués aux Etats-Unis : la production électronique en Chine n’est plus la panacée !

Made in USA ?
Surprise. Grosse surprise ! Le 4 décembre dernier, Tim Cook, le patron d’Apple a annoncé que son entreprise allait investir 100 millions de dollars pour… la production de Mac Intosh aux Etats-Unis ! Incroyable mais vrai. Et d’autant plus étonnant qu’il y a tout juste un an, feu Steve Jobs répondait à Barack Obama qu’il était hors de question qu’Apple produise à nouveau sur le territoire américain…

Tim Cook n’a pas été très disert, se contentant de dire que la production des Mac pourrait se faire avec un partenaire. N’empêche, c’est une annonce extrêmement significative. Elle l’est d’autant plus qu’elle n’est pas isolée.

Ainsi, il se murmure depuis peu que Foxconn, le géant taïwanais rendu célèbre par la production des produits d’Apple en Chine, étudierait l’opportunité d’une implantation… aux Etats-Unis ! Selon le site taïwanais DigiTimes, à l’origine de cette information, l’installation dans des villes comme Detroit ou Los Angeles serait étudiée, probablement « pour la production de téléviseurs à écran plat » imagine Digitimes.

Ce n’est qu’une rumeur, mais plusieurs autres événements mettent en lumière le fait que la Chine n’est peut être plus la panacée pour la fabrication de produits électroniques.

L’un de ces événements est l’annonce en octobre dernier par le chinois Lenovo, le second fabricant mondial de PC, de l’ouverture prochaine d’une usine de montage de micro ordinateurs en Caroline du Nord. Cette nouvelle est d’autant plus piquante que, pour ceux qui s’en souviennent, Lenovo est l’entreprise qui en 2005 a repris l’activité micro ordinateurs d’IBM.

Selon son patron, Lenovo a choisi de s’installer aux Etats-Unis car, dit-il, « nous croyons à la solidité du marché américain de la micro informatique et que nous pensons qu’il nous offre de bonnes opportunités de croissance ».

Un autre raison, est avancée. En produisant sur le sol américain l’entreprise chinoise pense qu’elle pourra se montrer plus réactive pour répondre aux demandes des utilisateurs locaux. Il faut en théorie une dizaine de jours pour qu’un PC fabriqué en Chine atteigne le consommateur américain. Dans les faits c’est plutôt une affaire de semaines.

Au delà de ce discours convenu, il n’est pas interdit non plus de voir  dans cette annonce une opération de séduction des pouvoirs publics et des consommateurs à l’heure ou le « made in America » est devenu un enjeu politique.

Dans les faits la portée réelle de l’implantation de Lenovo reste limitée. Après tout, même si l’usine est appelée à croître elle ne créera dans un premier temps que 115 emplois. Surtout, elle n’est qu’un site d’assemblage : tous les composants des PC fabriqués en Caroline du Nord viendront d’Asie.

Mais un autre évènement vient toutefois confirmer ce mouvement. Juste avant son annonce choc d’une production aux Etats-Unis, le même Lenovo avait en effet également décidé d’investir dans une unité de production de PC au Brésil pour profiter de ce vaste marché. Et puisqu’il est question du Brésil, il faut également se souvenir  Foxconn lui aussi a ouvert une usine de production d’iPhone et d’iPad  dans ce pays. Dans ce cas, la motivation de ces installations est liée aux droits de douanes que le Brésil agite comme un épouvantail.

Ce grand vent d’annonces marque-t-il le début d’une renaissance de la production électronique aux Etats-Unis ? Peut être, mais il faut se montrer prudent. Il faut savoir en effet que dans tous les cas, la quasi totalité des composants des PC et autres iPhone vient d’Asie. Il est donc loin d’être évident qu’avec un supply chain entièrement asiatique, la production en volume aux Etats-Unis redevienne rapidement la norme.

mercredi 7 novembre 2012

Rapport Gallois : les 21 autres propositions…(une roadmap pour Montebourg)


Un rapport : 22 propositions. Y'a plus qu'à...
C’était inespéré. Le gouvernement reprend l’essentiel des propositions du rapport Gallois. On ne va pas se plaindre, même s’il y a toujours à redire. En l’occurrence il faut quand même souligner le courage de Jean-Marc Ayrault. Il a certes « mangé son chapeau » en acceptant la hausse de la TVA qu’il avait exclue, mais ce revirement est plutôt à son avantage. Perseverare, diabolicum…

Mais, au fait, si on parle abondamment des 20 milliards de « crédit d’impôt compétitivité », il faut se rappeler que le fameux rapport comporte 21 autres  propositions majeures. La 5ème « mener les recherches sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste », a déjà été rejetée. A l’évidence, le fruit n’est pas mûr, comme l'a longtemps été celui de l’augmentation de la TVA. Patience...

Reste les 20 autres, qui sont fort intéressantes à connaître. De quoi faciliter la tâche à Arnaud Montebourg, qui jusque là n’a pas brillé par son efficacité. Ces propositions constituent une vraie feuille de route pour son ministère. Il n’a plus qu' à les suivre... Cool.


LES PRINCIPALES PROPOSITIONS DU RAPPORT GALLOIS

1ère proposition :
l’État s’engage à ne pas modifier cinq dispositifs, au moins, au cours du Quinquennat :
- le crédit impôt recherche
- les dispositifs dits « Dutreil » favorisant la détention et les transmissions d’entreprises
- la contribution économique territoriale (68 modifications de la taxe professionnelle en 35 ans !)
- les incitations « sociales » aux jeunes entreprises innovantes, rétablies à leur niveau de 2010.
- les dispositifs en faveur de l’investissement dans les PME, notamment « l’IR PME » et « l’ISF PME » (annonce du Président de la République à la Remise des Prix de l’Audace Créative – le 20/09/2012).

2éme proposition :
introduire dans les Conseils d’Administration ou de Surveillance des entreprises de plus de 5000 salariés, au moins 4 représentants des salariés, sans dépasser le tiers des membres, avec voix délibérative, y compris dans les comités des conseils.

3ème proposition :
créer un Commissariat à la Prospective, lieu d’expertise et de dialogue social. Accompagner chaque Loi de Finances d’un rapport sur la situation de l’appareil productif fondé sur les travaux du Commissariat.

4e proposition 
créer un choc de compétitivité en transférant une partie significative des charges sociales jusqu’à 3,5 SMIC – de l’ordre de 30 milliards d’euros, soit 1,5 % du PIB – vers la fiscalité et la réduction de la dépense publique. Ce transfert concernerait pour 2/3 les charges patronales, et pour 1/3 les charges salariales.

5e proposition :
mener les recherches sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste.

6e proposition :
aligner les conditions de crédit et des garanties export, en volume, quotité et taux sur le meilleur niveau constaté dans les pays avancés et créer un « prêteur direct » public.

7e proposition : 
sanctuariser le budget de la recherche publique et celui du soutien à l’innovation sur la durée du quinquennat.

8e proposition :
créer un mécanisme d’orientation de la commande publique vers des innovations et des prototypes élaborés par des PME : objectif de 2 % des achats courants de l’État.

9e proposition :
créer, au sein de la BPI, un produit constitué d’actions de préférence sans droit de vote (bénéficiant en contrepartie d’une rémunération privilégiée).

10e proposition :
élaborer un équivalent du « Small Business Act », comme cadre de cohérence des dispositifs en faveur de la croissance des PME.

11e proposition :
conditionner les soutiens de l’État aux actions des grandes entreprises à leur capacité à y associer leurs fournisseurs et sous-traitants.

12e proposition :
renforcer la gouvernance et les moyens des comités de filières de la CNI.63

13e proposition : 
donner aux Régions la responsabilité de coordonner l’action des différentes structures régionales en charge de promouvoir l’innovation et le développement de l’industrie, ainsi que d’animer le dialogue social.

14e proposition :
systématiser la présence des entreprises dans la gouvernance de l’enseignement technique et professionnel au niveau des établissements (Conseils d’administration), des Régions (établissement des cartes de formation) et au niveau national.

15e proposition : 
doubler le nombre de formations en alternance sur la durée du quinquennat.

16e proposition : 
demander aux partenaires sociaux de négocier les modalités de mise en œuvre d’un compte individuel de formation, « crédité » soit au début de la vie active, soit chaque année, et attaché non au statut, mais à la personne.

17e proposition :
confirmer aux Commissaires aux comptes qu’ils doivent obligatoirement joindre à leur avis
sur les comptes de l’entreprise, un rapport sur le crédit interentreprises. Prévoir des sanctions
administratives (DGCCRF) en cas de manquement aux règles sur les délais de paiement.

18e proposition : 
allonger la « durée » des contrats d’assurance vie par une adaptation de leur régime fiscal ; avantager fiscalement les contrats en unités de compte (c'est-à-dire investis en actions) et les « contrats diversifiés » par rapport aux contrats dits en euros (placements essentiellement obligataires).

19e proposition :
doubler en cinq ans la capacité de France Investissement (BPI) à développer des partenariats public-privé dans le domaine du capital-investissement pour soutenir les entreprises ayant de forts besoins d’investissement au moment de l’industrialisation de leurs innovations.

20e proposition :
donner au CGI la mission de porter trois priorités techniques et industrielles :
(1) les technologies génériques,
 (2) la santé et l’économie du vivant
(3) la transition énergétique.

21e proposition : 
accompagner toutes les décisions européennes concernant la concurrence d’un avis d’experts économiques et industriels extérieurs à la Commission ; cet avis serait public.

22e proposition :
autoriser les entreprises qui le souhaitent à faire présider le Comité d’Entreprise par un représentant des salariés.

A LIRE
L’ intégralité du rapport

mardi 23 octobre 2012

Rapport Gallois : il n'y a pas de demi mesure

Back in 1983 !
Avec sa De Lorean à remonter le temps, Marty, le héros de « Retour vers le futur » se trouve propulsé en 1955. Le rapport Gallois lui aussi nous fait voyager dans le temps. Il nous ramène pile en 1983. Au moment précis où la gauche au pouvoir doit prendre une décision cruciale : mener ou non une politique assimilable à une politique « de droite ».

Cette fois ce n’est plus l’avenir de l’économie qui est en jeu, seulement… celle de l’industrie, si, en tout cas on pense que les solutions préconisées par Gallois sont celles qui s’imposent.

Ce qui est étonnant dans la partie de bras de fer qui se joue au sein du gouvernement est que les « révélations » du Figaro sur le contenu du rapport Gallois n’auraient du surprendre personne. Les lecteurs de ce blog savent bien que Louis Gallois avance depuis des mois et des mois sans relâche l’idée d’un « choc de compétitivité de 40 milliards d’euros financé par un transfert d’une partie des charges sociales. » Et on peut supposer qu’aucun de ceux qui lui ont confié cette mission sur la compétitivité n’ignorait son point de vue.

Le rapport sera-t-il « enterré » comme beaucoup le supposent ? Je le crains, mais j’ai envie de croire qu’il reste encore une petite chance qu’il soit sauvé. Car, à côté de la montée en puissance des antis, j’ai été frappé de constater à quel point Louis Gallois a su faire passer ses idées. Il n’est qu’à voir comment les commentateurs – même les moins versés dans les problématiques industrielles - semblent largement acquis à l’idée du choc de compétitivité.

Alors, « choc » de compétitivité ou non ? On sera assez vite fixé. Une chose est sûre en tout cas : il n’y  pas de demi mesure. Le choc de compétitivité a pour fonction d’être un remède violent susceptible d’avoir des effets très rapides. Il n’est pas la panacée réglant tous les problèmes. Ceux qui pensent qu’une «trajectoire de compétitivité » basée sur le développement de l’innovation pour jouer sur la compétitivité hors coût est une alternative se trompent. Ce type de mesure qui n’a des effets qu’à moyen et long terme est lui aussi indispensable, en complément du choc, mais ne le remplace pas. C’est en tout cas toute la logique des mesures proposées par Louis Gallois.

lundi 22 octobre 2012

"L’épopée Logan" : ne passez pas à côté de ce livre !


Je n’hésite pas, j’affirme. « L’épopée Logan », ouvrage  qui vient de paraître, est un livre exceptionnel. Il est en effet le représentant extrêmement rare d’un travail qui offre une vision pertinente et exhaustive des problématiques de l’industrie. Il le fait en décortiquant l’histoire de la Logan de Renault. Elle est abordée sous tous les angles : la stratégie du constructeur, la technologie, l’innovation, les défis de la conception, l’industrialisation, la distribution, les marchés et, bien sûr, l’économie du projet. Rien de ce qui fait un produit industriel n’est omis.

L’histoire de la Logan et de ses avatars (Sandero, Duster, Lodgy…) – ce qui s’appelle désormais la gamme « Entry » chez Renault - est ainsi passée au scanner et le lecteur plongé au cœur d’une aventure industrielle.

Ce qui ne gâte rien, le livre parvient à traiter cette étude de cas avec la rigueur d’un ouvrage académique tout en évitant l’écueil du genre, l’ennui qui guette à chaque page. Il analyse en détail mais reste toujours concret.  Surtout, le sujet est extrêmement bien documenté. Les auteurs ont mené une enquête approfondie, rencontré et interrogé tous les acteurs clés du projet (leurs longues interviews qui émaillent les différents chapitres sont d’ailleurs l’un des points d’intérêt du livre).  Les auteurs ont bénéficié en cela de l’appui de Renault qui a joué le jeu et leur a ouvert toutes grandes ses portes et ses archives.

La Logan méritait bien un tel livre. Elle est une immense innovation. Mais une innovation vraiment pas comme les autres. L’idée iconoclaste de Louis Schweitzer a été de penser une voiture simplifiée, mais robuste et moderne, pour ceux qui ne pouvaient s’offrir une voiture occidentale neuve, car trop chère. C’est la voiture « for the rest of them » comme pourrait dire Apple. L’exemple type de la  « disruptive innovation », concept inventé par  le guru de l’innovation, Clayton Christensen (ce que j’ai baptisé « innovation turbulente » dans mon livre, « La vraie nature de l’innovation », qu’il n’est pas non plus interdit de lire…).

L’épopée Logan étudie l’histoire de cette innovation dans le détail. Mais où il devient vraiment intéressant à mon avis, est lorsqu’il étend cette étude à la façon dont la Logan d’origine s’est transformée en une gamme de modèles cohérente. Quand il raconte aussi la façon dont l’innovation a vécu sa vie propre et a imposé des choix non prévus au départ : la création de la Sandero au Brésil, la commercialisation en France, la vente sous la marque Renault en Russie… Et quand il explique, enfin, comment Renault /Dacia a réussi, avec un très grand pragmatisme, à intégrer toutes ces bifurcations imprévues sans jamais se renier et en conquérant peu à peu une bonne partie du monde, malgré des échecs en Iran et en Inde.

Le livre se termine en posant une question de fond : est-il possible d’imaginer une autre logique industrielle pour l’industrie automobile ? La réussite de la Logan montre que le modèle dominant du déploiement du haut de gamme, la « premiumisation »,  peut trouver une alternative. Mais rien ne garantit toutefois qu’elle s’impose. Après tout, curieusement, le modèle Logan, n’a pas généré beaucoup d’imitateurs.

L’un des secrets de la réussite du livre tient certainement  à ce qu’il ne compte pas un mais trois auteurs de qualité. Ils se complètent fort bien, ce qui permet au livre d’être toujours pertinent quel que soit le domaine abordé.  Ainsi, Bernard Jullien est maître de conférences à l’Université de Bordeaux, spécialisé en économie industrielle. Yannick Lung est professeur de sciences économiques à l’Université de Bordeaux . Le troisième homme, Christophe Midler est directeur de recherche au Centre de Recherche en Gestion et professeur responsable de la chaire Management de l’Innovation à l’Ecole polytechnique.

Ah ! Une chose encore, pour l’anecdote. L’innovation semble susciter l’innovation puisque ce livre a donné naissance à ce qu’on pourrait presque appeler un « Entry book ». Il circule en effet une autre version de « L’épopée Logan ». Elle s’appelle aussi « L’Epopée Logan »  (mais sans le sous-titre « Nouvelles trajectoires pour l’innovation »), possède la même préface  de Carlos Ghosn et est signée des mêmes auteurs. Mais elle compte près de deux fois moins de pages et beaucoup plus de photos. Elle offre toutefois au lecteur pressé et moins intéressé par les enseignements théoriques, la substantifique moelle de l’histoire.

Ce bel Entry book « édition spéciale Dacia » a cependant un gros défaut. Il n’est pas en vente. Il est offert aux seuls acheteurs d’une Dacia…

jeudi 18 octobre 2012

La belle, aventureuse et inachevée histoire de la reconversion vers le photovoltaïque de MPO

MPO mise sur les cellules
à haut rendement made in France
C’est une belle ETI française (1200 personnes, 120 M€ de CA, 50% à l'export). Depuis quelque temps toutefois, MPO semble avoir vu les dieux de l’industrie se liguer contre elle. Regardez donc : partie de rien en 1957 l’entreprise familiale est devenue le n°4 mondial de son marché, la production de CD et DVD (300 millions par an, actuellement). Formidable ! Mais Internet s’en est mêlé. Il rend chaque jour son métier plus obsolète. Le marché des disques chute de 15% par an.

Qu’à cela ne tienne ! MPO décide de se lancer dans un nouveau métier porteur, espérant que progressivement il se substituera à l’ancien. Après mûre réflexion – et notamment pour profiter de son savoir-faire - elle choisit de se lancer dans la fabrication de cellules solaires. Plusieurs technologies sont communes avec la fabrication de disques. Le marché est prometteur. Elle crée sa start-up, MPO Energy, dirigée par Jean-François Perrin.

Pas de chance. Juste au moment où elle se lance, en décembre 2010, le gouvernement décide de limiter son soutien à la filière photovoltaïque. Le marché s’effondre. MPO Energy décale ses projets d’un an.

Autre coup du sort en 2011. C’est au tour de la Chine de mettre son (gros) grain de sel. Depuis qu’elle  s’est mise à produire en masse - et à perte - du photovoltaïque, les prix ont chuté. Nombre d’entreprises occidentales (américaines et allemandes notamment) font faillite. Et les surcapacités s’installent : la production, à 70% chinoise, atteint 50 GW ; le marché n’absorbe que 30 GW. MPO décale encore ses plans d’un an.

Que va-t-il advenir de notre start-up ? Va-t-elle baisser les bras ? L’épisode en cours du feuilleton montre un MPO Energy qui tient bon et croit en sa stratégie. Dès le début la start-up s’est positionnée sur les cellules haut de gamme, c'est-à-dire à haut rendement, le plus haut rendement possible (environ 20% actuellement). Dès le début, elle  en a fait son alpha et son oméga en prévoyant d’investir systématiquement tous les deux dans une nouvelle ligne de production plus performante afin d’être toujours à la pointe côté rendement.

Jean-François Perrin explique  pourquoi il y croit, même dans le contexte actuel : « D’une part, quand il y a surcapacité, les seuls produits qui continuent de se vendre sont les plus performants. Ensuite, les cellules hautes performances peuvent se vendre plus cher car elles apportent à leurs utilisateurs des économies sur d’autres postes en simplifiant notamment la conception de leurs systèmes. » 

MPO Energy persiste donc dans sa voie. Le décalage de deux ans a été mis a profit pour changer de technologie afin d’obtenir de meilleurs rendements : le silicium polycristallin à été remplacé par du monocristallin. En termes de process, l’implantation  ionique est arrivée juste à point et a pris la place d’une technologie moins performante. Du coup le process est plus efficace ; comptant moins d’étapes, il est moins coûteux. Et les cellules ont gagné 1% de rendement.

Actuellement la start-up fabrique en co-traitance ses premières cellules qui affichent un excellent rendement (de l’ordre de 19%)  et rode son process en attendant que sa propre usine, en construction dans la Mayenne, s’achève. Sa capacité annuelle est aujourd’hui de 35 MW (une cellule = 4W). La vraie production commencera en 2013  sur son site avec une capacité 70 MW. Objectif 2014 : 140 MW. Objectif 2020, 500 MW. Et, parallèlement des rendements de 25%. Le tout accompagné de  beaucoup d’idées pour bâtir une filière française du photovoltaïque.

Bien. Mais le feuilleton à rebondissements continue. Car il demeure tout de même une  importante inconnue  avant que ce projet ne se réalise. Il faut en effet que l’un de ses investisseurs se décide à franchir le pas du second tour de financement pour que l’aventure se poursuive. Plusieurs l’ont fait. Celui-là hésite encore… Et s’il refuse l’obstacle, tout risque de s’effondrer.

Il reste à espérer que les dieux se montrent un peu cléments,  comme  ils l’ont été lors du premier tour de financement. Il a en effet été bouclé… trois jours avant l’annonce de la décision du moratoire sur le photovoltaïque. Il s’en est fallu d’un rien que l’aventure, cruciale pour l’avenir de MPO, ne démarre jamais.

lundi 15 octobre 2012

Robots industriels : c’est la révolution !

Rodney Brooks avec "Baxter". Moins égale Plus
Ils sont désormais au nombre de deux et symbolisent la petite révolution – le terme pour une fois n’est pas exagéré - que connaît la robotique industrielle. Ce « changement de paradigme » comme aiment à dire les américains est celui de la naissance d’une toute nouvelle génération de robots. Crées par des start-up, ils possèdent trois caractéristiques clés qui les distinguent radicalement de leurs aînés : ils sont peu chers – environ 20000 euros ; ils sont extrêmement simples à programmer ; ils peuvent travailler à proximité immédiate d’un opérateur en toute sécurité. 

Ces trois caractéristiques changent tout. D’abord parce qu’elles mettent la robotisation à portée de la moindre PME. Ensuite parce qu’elles permettent d’envisager l’utilisation d’un robot pour des tâches que, jusque là, on n’aurait même pas rêvé de robotiser. Plus besoin de débourser des mille et des cents pour un  robot.  Plus besoin de disposer d’un spécialiste de la programmation pour lui apprendre son travail. Plus besoin non plus d’enfermer le robot dans une cage pour protéger les opérateurs de ses violents mouvements. Plus besoin enfin d’adapter le process au robot et de le figer. S’installant en un rien de temps le robot sera tout aussi vite affecté à une autre tâche si l’activité de l’entreprise le demande.

Le premier à avoir sorti un tel robot – un bras robotisé six axes - est une start-up danoise, Universal Robots. Aidée par le fonds d'investissement de l'Etat danois, elle a été créée en 2005 et a mis son premier produit sur le marché en 2009. L’entreprise a désormais deux modèles à son catalogue, le premier né, capable de manier des masses de 5 kg, et depuis cette année, un compagnon plus costaud qui supporte des charges jusqu’à 10 kg.

Récemment un nouveau venu, nettement plus sophistiqué - il est notamment doté de deux bras - mais encore moins cher, est arrivé. Il vient des Etats-Unis. Il s’appelle Baxter. Il a été crée par un vieux routier de la robotique, Rodney Brooks. Ce professeur du MIT est notamment le cofondateur d’un entreprise de robotique à succès, iRobot, bien connue du grand public pour ses robots aspirateurs. Il a quitté l’une et l’autre pour fonder Rethink Robotics en 2008. Baxter fera sa première sortie publique le 22 octobre à la conférence robotique de Pittsburg.

Leurs robots différent, mais la philosophie des deux entreprises est strictement la même. Ils ont innové radicalement en changeant les règles du jeu de la robotique industrielle. En offrant moins de performances, ils en donnent  plus ! Les trois fondateurs de la start-up danoise expliquent qu’ils se sont lancés quand ils ont découvert que le marché de la robotique était caractérisé « par des robots lourds, onéreux et difficiles à manier. » Ils ont créé Universal Robots avec l'ambition de rendre la technologie robotique accessible à tous en inventant des robots légers et simples d’emploi.

Le fondateur de Rethink Robotics – le nom de la société est explicite ! – raconte, lui, qu’il a pris conscience que les robots pourraient effectuer une multitude de nouvelles tâches s’ils étaient sûrs, adaptables et extrêmement faciles à programmer. De fait, dit-il, « tous les constructeurs essayaient d’atteindre ces objectifs, mais en partant des robots existants. » Lui est reparti de zéro en concevant un robot original dans le but avoué d’atteindre ces objectifs.  

Laurent Picot, spécialiste de la robotique au Cetim (Centre technique des industries mécaniques) compare très justement ces nouveaux venus à la Logan de Renault (on pourrait également songer au micro ordinateur). Ils offrent en effet des performances limitées, aussi bien en termes de vitesse, de dynamique, de précision que de masse transportable. Rien à voir avec un « vrai » robot industriel. Mais qu’importe ! Ils sont si peu chers, si facile à utiliser, si sûrs de fonctionnement  qu’ils vont pouvoir automatiser des opérations qu’il n’était même pas envisageable de robotiser.

Le bon démarrage d’Universal Robots témoigne du potentiel de cette génération. Partie de rien elle a déjà vendu quelques centaines de robots en Europe. En France, l’un de ses distributeurs, Expert, indique en avoir commercialisé une cinquantaine, en particulier pour des applications de chargement –déchargement de machines dans tous types d’industrie. Surtout, il dit en avoir vendu  la bagatelle de huit à une PME de… 15 personnes ! Plus significatif encore, la PMI en question ne veut pas se faire connaître. Pour ne pas donner d’idées à la concurrence. Pour ne pas inciter non plus ses donneurs à lui demander de partager avec eux les bénéfices de sa nouvelle productivité…

lundi 1 octobre 2012

Compétitivité : il n'y a pas que le coût du travail ! (Mais quoi d'autre alors ?)

La clé de la compétitivité, c'est moi !
Robocalisez ! C’est depuis quelques années l’injonction lancé par le Symop. Le syndicat des entreprises de technologies de production veut dire par là qu’en dopant la productivité,  la robotisation peut éviter la délocalisation.

Spécialiste du néologisme impératif, le Symop récidive et lance cette fois une campagne avec un nouveau mot d’ordre : productivez ! 

Avec ce slogan il veut attirer l’attention des pouvoirs publics sur l’importance de la modernisation de l’outil de production des PMI-ETI françaises. Il dit en substance : « arrêtez de focaliser le débat de la compétitivité sur le seul coût du travail. La clé de la compétitivité c’est d’abord un outil de production moderne ! » Ce qui passe par l’installation de robots, de machines outils performantes et de  systèmes d’automatisation.

Bien sûr le Symop prêche pour sa paroisse. Mais on ne peut toutefois pas lui donner tort. Sans parler du retard patent en termes de robot, le parc de machine outil français est dans un  état déplorable : moyenne d’âge des machines outils en France, 17 ans. Et encore, c’était le chiffre issu d’une étude menée en 1998. Les choses ont empiré depuis. Dans le même temps l’âge moyen du parc italien est de 10 ans. Celui de l’Allemagne de 9.

Il est pourtant clair qu’une machine moderne permet de effectuer des bonds de productivité considérables. Cette PMI par exemple, a remplacé l’année dernière son centre d’usinage vieux de près de 30 ans par une machine moderne, une centre d’usinage dit 5 axes. Résultat : la production d’une pièce qui demandait plus de 2 heures et demi s’effectue désormais en moins de 30 minutes. Six fois plus vite ! Sans compter la qualité améliorée. Heureusement que les vielles machines finissent pas tomber en panne !

Seulement il a fallu consentir un investissement de plus d’un million d’euros. C’est beaucoup pour une PMI. Surtout que les entreprises ne peuvent compter que sur elles-mêmes. Seules les plus astucieuses ont découvert un moyen détourné pour bénéficier d’un prêt : le recours au Prêt Vert Bonifié. Proposé par Oséo, il finance des investissements productifs permettant de diminuer l’impact environnemental. Bien ficelé, un dossier d’équipement en machine outil peut en bénéficier

Pour relancer la modernisation de l’outil de production, le Symop propose deux mesures phares. La première : un audit de l’appareil productif français afin d'identifier les secteurs à moderniser en priorité. Le retard n’est pas partagé par tous. Rares sont par exemple les sous-traitants de l’aéronautique dont le parc n’est pas moderne et au plus haut niveau. Les donneurs d’ordres ne leur en donnent d’ailleurs pas le loisir.

Sans surprise, la seconde proposition est un plan de soutien à l’équipement des PMI et ETI. Soit par le fléchage d’une partie du crédit d'impôt recherche sur l’outil de production, soit par la prise en compte spécifique de ces investissements par la Banque Publique d'Investissement.

C’est bien, sauf que cette affaire réveille, chez moi en tout cas, une vieille douleur. Car tous ces robots, toutes ces belles machines outils d’où viendront-ils ? D’Allemagne, du Japon,  de Suède, de Suisse voire d’Italie… Aucun ne sera de fabrication française. Robot industriel, machine outil…, il y a longtemps déjà qu’on a jeté l’éponge. C’est quand même incroyable, non ?