jeudi 20 septembre 2018

L’incroyable émergence d’un champion français de l’impression 3D !

Marianne 3D  made in France !
C’est extraordinaire ce qui se passe en France en matière d’impression 3D pour l’industrie. Il y a cinq ans, ce blog déplorait qu’après un rachat américain il ne restât plus en France qu’un tout petit fabricant de machines 3D pour pièces plastiques, Prodways.

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, tout a changé. Il y a aujourd’hui un fabricant français de machine 3D pour pièces métalliques de taille mondiale et qui vise quelque 10% de ce marché. Il dispose d’une très belle palette de technologies, de services et d’alliances dans les industries aéronautiques et automobile notamment. Il s’appelle Addup.

Pour ceux qui n’ont pas suivi les épisodes il faut se rappeler :
- Qu’Addup est le nouveau nom  de Fives Michelin Additive Solutions créée en 2015 à parité par Michelin et Fives pour proposer des machines et des services pour le 3D métallique.
- Qu’au moment même où se créait cette entreprise, apparaissait un autre français sur le marché avec une très belle technologie de machines de production métalliques, Beam.
- Qu’Addup  a racheté Beam en juin dernier
- Qu’Addup vient tout juste de racheter Polyshape, une brillante entreprise de fabrication de pièces 3D métalliques, notamment pour l’automobile, dont on a abondamment parlé sur ce blog.

C’est incroyable qu’en si peu de temps – au moment précisément ou démarrent les applications dans l’automobile et l’aéronautique – l’industrie française ait réussi à se doter d’un tel « champion national » sans, autant que je sache, beaucoup d’intervention de l’Etat.

Incroyable ? Peut-être pas. Cela prouve en effet que dans des domaines où l’on possède une industrie forte – automobile au sens large, aéronautique, ingénierie -  et où l’on dispose de technologies performantes, il est possible de voir émerger des start-up qui profitent du soutien et de l’intérêt des industries établies pour croître et… finir dans le giron de grandes entreprises nationales.

C’est tout l’inverse du numérique où, faute de grands acteurs nationaux (malgré l’ex Bull et malgré tout ce qu’on demande à Orange…), la maîtrise avérée des technologies ne conduit (sauf de rares exceptions) qu’à créer des très belles start-up qui terminent plus souvent qu’à leur tour leur carrière au sein d’un géant étranger, américain en général…

Autant on peut se réjouir du parcours d’Addup, autant ce constat est accablant. Le cercle, vertueux dans un cas, est terriblement vicieux dans l’autre…

jeudi 6 septembre 2018

Production des Tesla Model 3 : l’échec était assuré...


Tesla Model 3 : trop de robots tue les robots...
En 2016, Elon Musk, patron de Tesla annonçait qu’il allait produire dès le second semestre 2017 des Model 3 à très grande cadence et devenir le meilleur constructeur automobile du monde en osant ce que ses concurrents timorés n’avaient pas mis en œuvre : une production hyper automatisée qui changerait à jamais la donne de l’industrie automobile.

Beaucoup, dont ses investisseurs, y ont cru. Pas tout le monde. Pas moi. Il suffisait pour cela de savoir ce qui a fait le succès (inattendu) de Space X, sa firme de fusées, et de connaitre un peu l’industrie automobile. Dans ce cas, l’échec, aujourd'hui avéré, du pari de Musk était évident.

Quelles sont les raisons du succès de Space X ? On l’a compris après coup : Musk s’attaquait alors à une industrie peu concurrentielle, dominée par des agences étatiques endormies sur leurs lauriers et aux process figés. Pas question pour elles de prendre le risque d’innover en réévaluant des modus operandi donnant satisfaction depuis des lustres. 

 Space X en a profité. L’entreprise a revu et modernisé de fonds en combles la conception/fabrication des fusées, réussissant à innover profondément  tout en baissant radicalement les coûts.

 Le tsunami Space X a pris l’industrie spatiale de court, à la façon dont à la fin des années 70 les constructeurs d’automobiles ont subi la déferlante japonaise. Et c’est précisément pour cela que le pari de production de Tesla ne pouvait être gagné. Secouée par le Japon, l’industrie automobile –hyper concurrentielle, elle – s’est en effet attelée depuis plus de trente ans à améliorer et à optimiser sans relâche ses processus de conception/production. Elle a tout essayé et, en particulier, au milieu des années 80, s’est adonnée à l’hyper automatisation qui s’est révélée un échec. On a alors parlé de l’erreur de l’«automatisation à outrance ». C’est dire.

Le niveau de savoir-faire en conception/production de cette industrie est devenu tel que, même avec la meilleure volonté du monde, les meilleurs ingénieurs, les technologies les plus pointues et des montagnes de dollars – les ingrédients de Musk- il était impossible de faire beaucoup mieux que l’état de l’art, qui, de plus, évolue perpétuellement

Le patron de Tesla  a alors découvert que ce n’est pas par timidité que  les constructeurs n’ont pas joué la carte de l’hyper automatisation. Ce choix est tout bonnement le fruit de leur expérience : ils savent parfaitement ce qui, à un moment donné,  est automatisable et ce qui ne l’est pas.  Mieux, ils sont capables d’adapter le niveau d’automatisation en fonction des volumes et des caractéristiques des modèles produits.

Bref, l’industrie automobile n’est pas l’industrie spatiale et ce qui a fonctionné ici ne pouvait pas faire recette là. Elon Musk l’a découvert à ses dépens et n’a d’ailleurs pas été long à reconnaître qu’automatiser et robotiser toutes les opérations était stupide et contre-productif

Cela dit, aussi cuisant soit cet échec, il faut en retenir deux choses. Primo, l’extraordinaire capacité de réaction de Musk qui, en un temps record, a construit – sous une tente !- une unité de production efficace qui lui a permis d’atteindre – certes avec beaucoup de retard – les volumes envisagés.

Secundo, en franchissant allègrement les frontières du raisonnable, Musk et ses ingénieurs auront certainement beaucoup appris en matière de  process de production. Ils auront probablement repoussé certaines limites que les constructeurs classiques, non pas timorés mais prudents,  ne peuvent découvrir. A quelque chose malheur est bon…

mardi 9 février 2016

Usine du Futur : une Bible et un Missel, pour comprendre (enfin) de quoi il s’agit

L'usine du futur est pour demain...
La Fabrique de l’Industrie honorable Think Tank auquel il m’arrive de contribuer, vient de publier une petite synthèse d’une douzaine de pages, « Industrie du futur : concepts et état des lieux. » Ce document explique de façon concise en quoi consiste le concept, où se situe la France et tire un premier bilan des actions engagées par le gouvernement sur ce thème. Utile.

Je saisis l’occasion de la sortie de cette synthèse pour rappeler à ceux qui l'ignoreraient que la Fédération des Industries Mécaniques (FIM) a sorti en novembre dernier son propre document, « Guide Pratique de l'Usine du Futur  : enjeux et panorama de solutions. »

Ce dernier est plus roboratif – il compte 61 pages – et est donc un peu plus complet. Il est tout aussi utile que le document de La Fabrique mais présente un intérêt supplémentaire. Il ne se contente pas de de présenter les concepts et l’état des lieux, il se veut « le » document de référence français en matière d’Usine du Futur, une sorte d’équivalent hexagonal à ce que la publication du document Industrie 4.0 par l’Académie des Sciences allemande représente pour l’Allemagne et qui en diffère sur plusieurs points
.

Philippe Contet, directeur innovation et technologie de la Fédération, qui a mené ce projet précise ainsi que « ce guide servira notamment de référence aux travaux de l’Alliance pour l’industrie du futur » qui compte comme membres, outre la FIM, le Cetim, le Gimélec, le Symop, l’Afdel, Syntec Numérique, l’UIMM, le CEA, l’Ensam et l’Institut Mines-Télécom.

A noter également que ce document a vocation à « évoluer en permanence notamment afin de proposer des versions prenant en compte les spécificités des différentes filières industrielles. » 

Munis de cette Bible et du Missel, la version light de La Fabrique, vous voici en tout cas bien équipés pour affermir votre foi dans ce concept sur lequel la réindustrialisation et la compétitivité  se fondent pour créer un monde meilleur…

Télécharger
Le Guide de La Fabrique

Quelle est la contribution de la France à l’innovation mondiale ? (Indication : elle n’est pas si mauvaise...)

Onzième... De quoi pavoiser ?
Le think tank américain ITIF s’est posé une question originale : Quels sont les pays dont les politiques économiques et commerciales favorisent le plus l’innovation mondiale ? En est issu un long document - plus de 100 pages - qui analyse en détail en quoi chaque pays contribue à l’innovation mondiale ou bien la freine.

Résultat : la France se situe au onzième rang, juste derrière les Etats-Unis (10è) et juste devant l’Allemagne (12é) et le Japon (14è). Les neuf premiers, dans l’ordre sont : Finlande, Suède, Royaume-Uni, Singapour, Pays-Bas, Danemark, Belgique, Irlande et Autriche. La Chine est 44è.

L’étude a analysé 56 pays. Elle fonde son classement sur 27 indicateurs. Quatorze  favorisent l’innovation. Ils sont groupés en trois catégories : les montants d’imposition, l’éducation,  la R&D et la technologie. Treize l’inhibent. Ils ont également regroupé selon trois catégories : protection de la propriété intellectuelle, balkanisation des marchés, balkanisation de la production.

Quelle est la morale de cette étude ? L’ITIF conclue que « pour maximiser l’innovation mondiale il est nécessaire de développer les mécanismes propres favoriser les contributions positives des pays et à supprimer les freins », ce qui tient un peu de la Lapalissade... Les auteurs ajoutent toutefois une considération plus intéressante notant que « le plus crucial pour aller dans cette direction tient à prise de conscience par le responsables politiques et les économistes que désormais l’innovation revêt la même importance que le commerce pour l’amélioration de la croissance économique. »  

On notera enfin une intéressante catégorisation des industries innovantes. Selon les auteurs, elles ont quatre caractéristiques en commun :
- L’innovation est cruciale pour leur compétitivité
- Leurs coûts marginaux sont significativement inférieurs à leurs coûts moyens, autrement dit elles affichent des rendements d’échelle croissants.
- Elles dépendent davantage que les autres de la propriété intellectuelle
- Elles dépendent plus que les autres du libre mouvement de la connaissance, de l’information et des données

On peut télécharger l'étude complète en cliquant juste là 

mercredi 3 février 2016

Histoire de boulon : il aura fallu près de mille ans avant de penser cette solution évidente !

Eh oui! Il suffisait d'y penser
Depuis près d’un millénaire qu’il existe, c’est toujours la même histoire : les écrous vissés sur des boulons ont une fâcheuse tendance à se desserrer, lorsqu’ils sont soumis à des vibrations par exemple.

Pour "freiner"ce fichu écrou, depuis des siècles, les ingénieurs ont consacré leur énergie à mettre au point  des solutions diverses et variées, du genre contre écrou, rondelle bloquante, collage...  Bien. Mais jamais parfait.

Et voici qu’après des siècles d’innovation dans le boulon, le Cetim (Centre Technique des Industries Mécaniques) a trouvé une sorte de Graal : l’écrou indévissable ! C’est génial. C’est tout bête.

Pour éviter les dévissages intempestifs il suffit d’utiliser un contre écrou. Mais pas comme on le fait habituellement. Ce contre écrou est monté sur un filetage... de sens inverse de celui du premier. Ainsi, quand le premier écrou montre des velléités de dévissage, il vient se heurter au second, ce qui a pour effet de provoquer le serrage de ce dernier et le blocage du tout !

Résultat : un dispositif d’une simplicité extrême mais qui est anti-dévissage par construction. 

Pour monter à la suite du premier le second écrou au filetage inversé, l’astuce consiste tout simplement à réduire le diamètre de l’extrémité de la vis : le premier écrou au diamètre plus important passe sans problème, le second se visse sur le filetage à pas inversé.

Mis au point par le Cetim, l’écrou miracle est fabriqué par la société André Laurent, spécialiste du vissage. C’est une véritable innovation, de celles qui, après coup, paraissent si évidentes que l’on s’écrie comme un seul homme : « Bon sang, mais c’est bien sûr comment personne n’y avait jamais pensé… !? » 

PS : Dans la série « Bon sang mais c’est bien sûr ! » de la mécanique on peut lire l’histoire tout aussi édifiante d’une rondelle miracle à la conception de laquelle l’inévitable Cetim avait participé.

PS2 : Après avoir écrit ce papier j’ai soudain pensé : « oui, c’est bien beau tout cela ; le premier écrou est bloqué, soit. Mais qu’est ce qui empêche le second écrou de se dévisser et par suite le premier ? » C’est sans fin comme l’histoire de Ségolène Royal qui voulait qu’un policier raccompagne chez lui un autre policier. Qui raccompagnera le second ?
Renseignement pris, et c’est là qu’on voit tout la complexité de la mécanique, voici le fin mot de l’histoire. Pour éviter que le second écrou ne se dévisse, on utilise les moyens classiques de blocage. On peut lui mettre un point de soudure par exemple. Quel est l’intérêt du dispositif dès lors ?  Il faut savoir que les  freinages classiques dégradent la qualité du serrage. Voici donc l’atout essentiel : pour le premier écrou, ce système assure que le serrage est optimal. C’est le second qui subit, lui,  une dégradation, ce qui n’est pas important puisque les caractéristiques exactes du serrage ne dépendent pas de lui. Tout cela vaut, bien sûr pour des assemblages ultra-sensibles où il n’est pas question de dévier d’un iota des conditions nominales.

jeudi 28 janvier 2016

Fabrication additive : l’étonnante résurrection française

La machine du français Beam. Pas pour bricoler
dans son garage...
C’était plutôt désespérant. A la fin de l’année 2013, l’américain 3D Systems rachetait le fabricant français de machine de fabrication additive de pièces en métal, Phenix Systems. Un sale coup. Il ne restait plus qu’un seul français dans la course de l’impression 3D industrielle, le tout petit Prodways, spécialisé lui dans la production de pièces en plastique.

Deux ans plus tard, tout a changé et pour le mieux. Il y désormais pas moins de trois fabricants français de machines pour les pièces en métal et un pour le plastique. Une véritable résurrection ! Elle est la bienvenue car le marché est désormais fortement tiré par l’industrie aéronautique qui s’est entichée des imprimantes 3D pour la production de pièces en métal. Il était temps…

Qui sont ces fabricants français ?

Il y a toujours Prodways, passée en 2013 dans le giron du groupe Gorgé. L’entreprise croît à une vitesse phénoménale et s’est déjà implantée aux Etats-Unis. « Nous n’avions qu’un employé lors du rachat de Prodways, nous sommes aujourd’hui près de 200 », dit le Pdg du groupe, Raphaël Gorgé. Outre ses imprimantes pour le plastique, Prodways s’est équipée d’une dizaine de machines du commerce pour produire des pièces en métal pour l’aéronautique et le spatial. Surtout, elle vient d’annoncer qu’elle allait sortir sa propre machine pour le métal en 2016. Pour ce faire, Prodways est alliée à une entreprise chinoise qui produit les moteurs de ses machines.

Il y a ensuite Beam, spin off du Critt Irepa Laser qui a exploité une technologie développée de longue date au sein de cet institut.  Beam, créée début 2013, utilise le procédé  de Construction Laser Additive Directe (CLAD) qui consiste à injecter des poudres métalliques par une buse et les fondre par laser. Il s’est allié à Fives pour la construction des machines. Grand atout de sa technologie, elle permet non seulement de fabriquer des pièces nouvelles mais également d’en réparer. Et c’est ce créneau de la réparation dans le domaine aéronautique sur lequel elle s’est positionnée pour démarrer. Safran lui a déjà acheté une machine.

Le dernier venu est le plus étonnant : il s’agit de… Michelin !  Il a annoncé en septembre dernier une filiale commune 50-50 avec l’inévitable Fives,  Fives Michelin Additive Solutions, pour proposer des machines 3D pour des pièces métalliques et toute une gamme de services. Que vient faire le fabricant de pneus en caoutchouc dans cette galère ? Il travaille depuis quelque sept ans sur ce sujet. Son but : réaliser les milliers de petites lamelles en acier utilisés dans les moules de production des pneus pour dessiner les sculptures. Grâce à l’impression 3D Michelin peut réaliser des pièces de formes originales, complexes et impossibles à produire autrement. Il entend valoriser son savoir-faire de production – il a déjà produit des centaines de milliers de telles lamelles – dans une gamme de machine qui est en cours de réalisation.

Voilà donc de bonnes nouvelles, d’autant qu’elles s’accompagnent de nombreuses initiatives qui, au-delà des seules machines, démontrent que c’est tout un écosystème industriel qui se met en place en France autour de la fabrication additive.

Ainsi, Prodways a connu une frénésie d’acquisitions en 2015. Elle a racheté Initial, société de service dans la fabrication additive puis Norge Systems, start-up anglaise dont les fondateurs ont développé une gamme de machines de fabrication additive utilisant le frittage laser de poudres plastiques et enfin Exceltec, société spécialisée dans le développement et la distribution de matières polymères pour l’impression. Elle vient également de s’allier  avec le groupe Nexteam, un spécialiste de de l’usinage de pièces complexes et des métaux durs pour l’aéronautique et le spatial. Explication : les pièces conçues par impression 3D nécessitent le plus souvent des opérations d’usinage classique en aval.

Côté alliances, on retiendra également la création en décembre dernier, d’une entreprise commune entre Poly-Shape, spécialiste de la production par fabrication additive, et l’équipementier Lisi. Cette joint venture, Lisi Aerospace Additive Manufacturing  est détenue à  60% par Lisi et 40% par Poly-Shape. Elle est vouée à la réalisation de pièces mécaniques aéronautiques et spatiales. « Notre objectif est de porter ce procédé à une échelle industrielle compatible avec les exigences techniques et économiques des grands donneurs d’ordres » dit Lisi. Quant à Stéphane Abed, patron et fondateur de Poly-Shape, il explique que la demande de l’industrie aéronautique est aujourd’hui telle que son entreprise n’est plus en mesure de la satisfaire à elle seule.

Cette embellie durera-t-elle ?  On peut s’interroger sur la réaction des puissants fabricants de machines d’usinage. Ils sont déjà une quinzaine à offrir des machines dites hybrides qui mêlent de l’usinage traditionnel, comme le fraisage, à l’impression 3D et pourraient s’avérer menaçants pour ces nouveaux venus (lire à ce propos l’excellent et exhaustif article  de Mirel Scherer sur le blog Fabrication Mécanique).



jeudi 15 octobre 2015

Pourquoi il faut (absolument) lire le livre de J-B Rudelle

Le titre du livre  – On m’avait dit que c’était impossible – ne reflète que médiocrement son contenu car nulle part l’auteur ne n’évoque ce problème. Le sous-titre  - Le Manifeste du fondateur de Criteo – est un peu tapageur. Ce n’est pas un brûlot ! L’accroche – Une fois n’est pas coutume, un dirigeant iconoclaste décide de faire voler en éclat les clichés – cumule les défauts : elle ne reflète pas le contenu, est bien trop tapageuse et pour le coup hors de propos : le dirigeant en question n’est pas iconoclaste et ne fait pas vraiment voler en éclat beaucoup de clichés.

Cela dit, le livre de Jean-Baptiste Rudelle (JBR), est formidable et formidablement intéressant. Il faut le lire de toute urgence.

Qui doit le lire ? Tout le monde. L’étudiant. L’entrepreneur qui veut se lancer dans l’aventure start-up. L’homme politique, et plus largement tout décideur qui se demande ce qu’il faut faire pour que la France tienne son rang à l’ère numérique. Les chefs, sous chefs, hommes du rang de l’entreprise ainsi que les simples honnêtes hommes qui veulent comprendre ce qu’est une start-up, comment ça marche, comment ça réussit, qu’est-ce que sont ces étranges entreprises du « numérique » et pourquoi ça fonctionne si bien dans la Silicon Valley. Vous comprendrez tout cela, et bien plus encore, en lisant de livre de Jean-Baptiste Rudelle.

Mieux, non content d’apprendre énormément, vous passerez un bon moment. On m’avait dit…, une fois commencé, ne se lâche plus. Le livre est bien écrit ; bien construit. Il raconte à la première personne les aventures du fondateur de Criteo, depuis la création de sa première start-up jusqu’au succès de Criteo. JBR raconte. Il se raconte. Il nous parle de lui parce que la création d’une start-up est une aventure personnelle et que l’on ne comprend l’une qu’à la lumière de l’autre. Surtout, il analyse méticuleusement pour chaque étape de son parcours ce qui a bien fonctionné, ce qui moins bien marché, ce qui a échoué et pour quelles raisons.  Il nous entraîne dans les coulisses, celles du capital risque notamment, et ne nous cache rien (autant qu’on puisse en juger…). Il insiste notamment sur ses erreurs, ce qui constitue d’ailleurs l’un des plus précieux enseignements du livre.

 Au final, en relatant son expérience par le menu et avec une grande sincérité, Jean-Baptiste Rudelle nous en apprend beaucoup plus sur ce qui fait la réussite d’une start-up que bien des essais et bien des traités de gourou patentés du management.

Iconoclaste ce livre ? Allons bon. La seule chose qui justifie peut être cet épithète est le chapitre ou l’auteur milite pour que les riches – lui compris - paient davantage d’impôts afin de réduire les inégalités. C’est Pikettien en diable – il fait d’ailleurs explicitement référence à Thomas Piketty.

C’est beau, c’est noble et pas nécessairement stupide mais ce n’est pas, à mon avis le meilleur du livre. C’est en effet la seule fois JBR se laisse aller à nous donner son avis sur un sujet qui n’est pas au cœur de son expérience. Il est bien plus intéressant quand il explique pourquoi distribuer des stocks options à tous les employés de l’entreprise, quand il décrit les forces et faiblesses respectives de la France et de la Silicon Valley (où il réside désormais) ou bien quand il explique comment constituer une équipe.

Dernier et important apport de ce livre. Il met, indirectement, en lumière un phénomène extrêmement positif et réjouissant : l’existence d’une « mafia » française du numérique. A bien des moments clés de l’existence de Criteo, Jean-Baptiste Rudelle a trouvé en France, parmi ses relations dans le monde numérique, celui ou celle qui a su lui ouvrir des portes ou lui fournir un conseil décisif. De tels réseaux informels se sont créés de longue date entre start-uppers, financiers et technologues dans la Silicon Valley et sont la véritable clé de sa réussite.

Ces réseaux sont désormais présents en France et chaque nouvelle réussite les renforce. Criteo y participe d’ailleurs activement, s’étant fait un devoir de rendre à la communauté ce qu’il en avait reçu.

Le livre s’achève sur cette phrase : « Et, qui sait, un jour nous aurons, nous aussi, notre Google français ? » Cela ne paraît plus hors de propos et, si c’est le cas, le livre de Jean-Baptiste Rudelle n’y sera pas pour rien. A condition que vous le lisiez…


vendredi 18 septembre 2015

Allègement des charges sociales : Louis Gallois, le retour !

Louis Gallois ne lâche pas prise sur l’allègement des charges sociales Dans son fameux rapport, il préconisait un allègement de charges significatif sur les salaires intermédiaires pour relancer la compétitivité de l’industrie française. Il (on) a eu le CICE, crédit d’impôt compétitivité emploi.

 Louis Gallois n’est plus Commissaire à l’investissement (il est aujourd’hui  président du conseil de surveillance de PSA) mais il reste le président du Think Tank La Fabrique de l’Industrie et comme tel il n’en démord pas : il faut baisser les charges, réaffirme-t-il et, mieux, il enfonce le clou en insistant sur le fait qu’il faut progressivement arrêter de financer la protection sociale par les salaires.

Cela se passait lors du débat organisé par La Fabrique de l’Industrie et Coe-Rexecode le 17 septembre, débat auquel participait Louis Gallois aux côtés de quelques économistes distingués (voir en fin d'articles).

Thème du débat : « CICE, Pacte de responsabilité… : Quels sont les effets des allègements du coût du travail sir la compétitivité de l’emploi ? »

Prétexte de la conférence : le livre « Allègement du coût du travail – Pour une voie favorable à la compétitivité française », réalisé par Gilles Koléda à la demande de La Fabrique.

Ce livre, avec force études et simulations à l’appui affirme que le plus efficace en terme de compétitivité – je fais court - est l’allègement des charges sur les salaires intermédiaires (entre 1,6 et 3,5 fois le SMIC) et non, sur les bas salaires, niveau SMIC ou légèrement au-dessus,  comme le voulait jusque-là la pensée (et la pratique) dominante. Ce qui tombe bien puisque c’est justement la thèse de Louis Gallois : « Je pense que la compétitivité est mieux ciblée en faisant profiter les salaires intermédiaires de l’allègement des charges » répétait-il hier.

On pouvait en tout cas apprendre ou se voir confirmer plusieurs points forts intéressants lors du débat.

1. Le CICE n' est qu' un pis-aller. Je n’osais par l’affirmer mais je le pressentais. Le CICE est loin d’être un dispositif très efficace. Sa mise en œuvre est complexe et il a fallu plus d’un an aux entreprises pour se l’approprier. En fait, plusieurs intervenants l’ont confirmé : la seule motivation de ce dispositif type usine à gaz était de ne pas charger outrageusement le budget 2013. Point. La politique a ses raisons que la raison ignore…

2. L’allègement des charges revient au galop. La première phase du CICE s’achève 2016. Et si l’on en croit l’ambiance générale à la conférence, ce qui se profile pour  2017 que ce dispositif ne soit pas reconduit et qu’on en revienne purement et simplement (pas si simplement d’ailleurs…) à la baisse des charges initialement préconisée. D’où le forcing du camp des partisans de l’allègement  sur les salaires intermédiaires pour faire partager leur vision.

3. Il y a une logique de long terme avec l’allègement des charges. Louis Gallois a ainsi clairement laissé entendre que, pour lui, la question de savoir s’il fallait baisser les charges ne se posait pas, « Ce qui compte est de trouver le moyen le plus efficace. » Clairement,  il pense la notion de protection sociale financée par les salariés n’est plus d’actualité. Elle doit être financée par tous (via la TVA ou la CSG).
 Il y a une vraie logique de long terme derrière ce point de vue. L’abondance du travail salarié qui justifiait hier qu’il soit taxé, n’est plus là et risque de l’être toujours moins avec ce que promet la numérisation généralisée, les usines hyper automatisées et les nouvelles formes de travail à venir. Autrement dit, il est temps de trouver d’autres vaches à lait pour financer la protection sociale, le filon du salariat étant désormais presque épuisé


*Les intervenants à la conférence
Jean Pisani-Ferry, commissaire général de France Statégie
Eric Heyer, directeur de département analyse et prévision de l’OFCE
Gilles Koléda, ex directeur des études de Coe-Rexecode
Jean-François Ouvrard, directeur des études de Coe-Rexecode


jeudi 4 décembre 2014

Santé, les terribles dangers qui nous menacent :-)

C’est effarant. Pas un jour ne se passe sans que je découvre de nouveaux risques pour la santé auxquels m’expose la société moderne. La semaine dernière j’apprenais, médusé, que lors des pics de pollution à Paris je me trouvais dans la situation d’une personne enfermée dans une pièce avec une armada de fumeurs ! Je veux bien qu’un chercheur digne de foi de l’UPMC ait publié un papier où il dit, de façon (beaucoup) plus nuancée que moi, que cette étude est totalement pipeau et ne reflète en rien la réalité de la pollution à Paris (voir  l'article ), le mal est fait.

J’avais été rasséréné en apprenant que, enfin, nos édiles avaient pris les mesures qui s’imposent : interdire les feux de cheminée à Paris. Ouf ! Il était temps. Les feux de cheminée sont MORTELS, on le sait. La preuve, tous les parisiens nées en 1900 et qui ont donc passé leur vie à se chauffer au bois, tous sans exception sont morts ! Et il a fallu attendre 2014 pour se décider à prendre le problème au sérieux.

Ce répit aura été de courte durée. Voici que je découvre ce matin coup sur coup deux nouvelles angoissantes en lisant Le Figaro. Primo : une étude américaine révèle « qu'un aller-retour dans l'espace présenterait des risques pour les personnes souffrant de certaines pathologies ». Et moi qui, comme tout le monde, m’apprêtait à prendre un billet chez Virgin Galactic… Je l’ai échappé belle !

Mais il y a pire. Bien sûr, je me méfiais déjà du téléphone portable et des risques majeurs que je cours à cause des ondes électromagnétiques : cancer du cerveau ! Ça craint. Et voilà que j’apprends ce matin que même l’envoi de SMS présente un terrible danger : le syndrome du "text-neck " ! Vous ne savez pas ce que c’est ? Il faut absolument que je vous en avertisse : l’usage intensif du SMS « entraînerait l’apparition de rides au niveau du cou » rapporte le Figaro. Le journal a beau préciser qu’il ne faut pas paniquer – facile à dire ! – pour moi, finis les SMS. Et je vous incite à en faire autant. Imaginez un monde avec des milliards d’individus au cou ridé… Insoutenable.

Quand je pense que si je n’avais été averti à temps, j’aurai pu envoyer des SMS au coin du feu ou, plus grave, au cours d’un voyage spatial, je mesure rétrospectivement l’ampleur des  risques insidieux auxquels nous exposés ce monde industrialisé. Et moi qui prône la réindustrialisation sur ce blog. Quelle inconscience !  Décidément le XXIè siècle est bien celui de tous les dangers. Il faut absolument faire quelque chose. Je vous le dis, si nous continuons sur cette voie nous allons tous finir par mourir. Saleté de progrès. Arrêtez tout !

jeudi 13 novembre 2014

Bienvenue au peak des inflated expectations !

Big data, machine learning, robotique... On est
aujourd'hui au sommet du pic du Gartner Group
Ah ! Je viens de lire dans Business Week un article qui me réjouit.  Il dit en substance que Watson, l’ordinateur super intelligent d’IBM,  ne donne que de très piètres résultats dans son utilisation en entreprise, notamment pour le diagnostic des cancers  au M.D. Anderson Cancer Center. Ça tombe à pic. Je m’apprêtais justement à écrire un papier sur l’hyper inflation de promesses dont on investit aujourd’hui le numérique et l'article apporte de l’eau à mon moulin. Cool.

Il ne vous a pas échappé que tout le monde, le gouvernement et son père est désormais convaincu du formidable impact que va avoir le numérique sur la société et les entreprises. Et, comme on dit, je m’en félicite. Pour faire face aux révolutions qui s’annoncent, il ne faut surtout pas sous-estimer le pouvoir de transformation des technologies telles que le Big data, le machine learning, le développement des mobiles, l’Internet des Objets etc.

Bien. Mais ce n’est pas la peine non plus d’en faire trop. Et je trouve qu’aujourd’hui on pousse vraiment le bouchon un peu loin. Ce « on » est illustré en particulier par la thèse soutenue par Erik Brynjolfsson et Andrew McAffee  (B&M) dans leur livre « Race against the machine ». Thèse qui est en train de devenir un dogme et qu’il n’est toutefois pas interdit de remettre en question.

La thèse c’est :
Primo : Les progrès de la technologie informatique qui s’annoncent vont être considérablement plus rapides que tous ceux auxquels on a assisté jusque là.
Secundo : On est ainsi à l’aube devoir des machines et des robots hyper intelligents qui vont remplacer l’homme dans des tâches intellectuelles jugées jusque-là non automatisables.
Tertio : pour un temps au moins l’impact sur l’emploi va être dramatique.

En se basant sur de telles hypothèses une étude très récente du cabinet Roland Berger ainsi qu’un travail académique de 2013 de deux chercheurs de l’Université d’Oxford arrivent à des conclusions similairement alarmantes.  Pour l’étude britannique « 47% des emplois américains connaissent un très grand risque d’être automatisés à terme. » Roland Berger indique pour sa part qu’ « en France, 42% des métiers présentent une probabilité d’automatisation forte du fait de la numérisation de l’économie. » Et ajoute que « 3 millions d’emplois pourraient être détruits par la numérisation à l’horizon de 2025. »

Eh bien je vous l’avoue, je ne suis pas convaincu par les arguments de B&M. Le grand problème de leur thèse que j’ai relue attentivement tient à ce qu’elle est fondée sur des assertions finalement peu convaincantes. Ils expliquent en effet que deux faits leur ont ouvert les yeux sur les merveilles technologiques à venir. La découverte des performances de la Google Car et de celles de Watson, l’ordinateur d’IBM. Deux « mauvais » exemples selon moi.

Ainsi, pour la Google Car B&M racontent qu’ils ont été estomaqués parce que, en 2006,  la meilleure des voitures autonomes participant à une course dans le désert était incapable de parcourir plus de 8 miles sans se trouver bloquée. Et que quatre ans plus tard 2010, miracle !, les progrès technologiques étaient tels que la Google Car avait parcouru des milliers de de kilomètres sur les routes de Californie sans accident. Mauvais exemple : traverser un désert rempli de pièges et rouler sur des routes parfaitement balisées n’a absolument rien à voir. Rien ne dit que dans les conditions de la course dans le désert, cette voiture ferait beaucoup mieux que les autres… Cela ne démontre donc pas grand chose, si ce n’est que Google sait bien communiquer et que, oui, on sait réaliser quelques belles choses avec la technologie. Mais d'ici à ce que les voitures soient 100% autonomes...

Idem pour Watson. Il a gagné au jeu Jeopardy. C’est très fort. Vive le machine learning ! IBM communique aujourd’hui comme un fou sur l’application où il diagnostique des cancers. En déduire que les ordinateurs deviennent si intelligents que les médecins seront caducs et que de très nombreuses tâches intellectuelles vont être remplacées par l’ordinateur, est pour le moins prématuré. Le papier de Business Week vient à point confirmer qu’en matière d’intelligence artificielle, il y a loin de la coupe aux lèvres.  Watson n’est pas encore Holmes…

Bref, l’exagération technologique est à son comble. Songez-y. J’étais l’autre jour à San Francisco à une manifestation organisée par Tibco. Son pdg, Vivek Ranadivé n’hésitait pas à prédire que dans 15 ans toutes les maladies auront disparu grâce au Big Data ! Nous voilà bel et bien au sommet du  « peak of inflated expectations » de la fameuse courbe du Gartner Group qui décrit le « hype cycle » des technologies.

Ne me faites pas dire que le numérique n’est pas révolutionnaire et que la "transformation numérique" n'est pas un enjeu. Je suis bel et bien convaincu que des progrès phénoménaux sont à venir et je ne doute pas non plus que des emplois soient menacés. Je ne crois simplement pas que tout se fera ni aussi vite, ni aussi largement que B&M le prédisent. Je ne crois pas non plus qu’il sera si facile de tout automatiser, même avec des machines très intelligentes Et, surtout, je suis prêt à parier que, comme souvent, les avancées les plus significatives auront probablement lieu précisément là où on ne les attend pas ! C’est le propre de l’innovation.

J’arrête là pour aujourd’hui. Je reviendrai sur le sujet rapidement pour vous dire sur quoi se fonde mon opinion. D'ici là, n'hésitez pas à me donner la votre !


A lire
L’article de Business Week : IBM's Artificial Intelligence Problem, or Why Watson Can't Get a Job 

L’étude Roland Berger Les classes moyennes face à la transformation digitale - Comment anticiper ? Comment accompagner ?

L’étude de Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne  the future of employment : how susceptible are jobs to Computerisation ?

lundi 13 octobre 2014

La vérité sur Amazon

Le magasin, chaînon manquant d'Amazon ?
.Bon sang, mais c’est bien sûr ! Cela m’a frappé comme une évidence. Mais oui, finalement, si on regarde bien, Amazon n’est au fond qu’une entreprise de vente à distance. Comme le fut La Redoute ! Il y a des différences dans l’exécution, mais rien de neuf sur le modèle. On choisit sur catalogue, on commande, on est livré.

Pourquoi m’épater de cette découverte ? Parce que cela jette une autre lumière sur le géant du Web et l’e-commerce. C’est la récente annonce de l’ouverture par Amazon d’une boutique réelle à Manhattan qui m’a ouvert les yeux. Entreprise de vente à distance, Amazon souffre en effet des limitations inhérentes à ce type de commerce. A savoir :

- On ne peut pas voir, toucher, essayer les objets pour les choisir
- On ne peut en disposer immédiatement après l’achat (sauf pour tout ce qui est numérisable, ce qui dans ce cas est une vraie différence)
- Ces objets ne sont accessibles que via une livraison à domicile (ou dans un point relais).

Les récents mouvements d’Amazon traduisent son embarras face à ces limitations.

D’abord Amazon communique abondamment sur une éventuelle livraison par drones. On sent chez lui la conscience de la nécessité d’améliorer le processus de livraison qui reste souvent un handicap

Ensuite, cette annonce de l’ouverture d’une boutique. Dans ce cas, c’est une réponse directe à l’évolution des commerçants traditionnels qui, sans qu’on y ait pris garde ont pris une longueur d’avance sur les e-commerçants. Les grands distributeurs ont, ou sont en train de mettre en place un mode de vente dit « omni canal » et réorganisent toute leur supply chain et leur gestion de stock dans ce but.

En bref, le client passe commande de son produit où il le souhaite. Dans un magasin, sur le Web, via un mobile… Il est ensuite libre de choisir le mode de livraison : il le prend dans un magasin (mode « click and collect » si on l’a commandé par Internet) ; il le récupère dans un « drive ». Il choisit de se le faire livrer, chez lui, ou en point relais. Il a tous les choix possibles et, dans l’idéal, il peut basculer d’un mode à l’autre après même avoir passé commande.

Autrement dit, les vendeurs traditionnels offrent désormais le meilleur des deux mondes. Vous pouvez vous promener dans le magasin si vous aimez ça, voir les produits, parler à un vendeur. Ou faire tout sur le net. On mêler les deux à votre convenance.

Amazon reste, lui, un pur  vendeur à distance. D’où sa réaction. D’où aussi cette révision profonde de l’idée que l’e-commerce va tout dévorer et que les magasins sont de l’histoire ancienne. A vrai dire, si l’expérience client en magasin était superflue, pourquoi les vendeurs à distance d’antan, les Redoute et autres Trois Suisses, n’ont-ils pas raflé tout le commerce à leur grande époque ? Pourquoi les e-commerçants « pure players » le feraient-ils aujourd’hui

Conclusion : l’expérience d’Amazon avec sa boutique va être vraiment intéressante à suivre.  Verra-t-on des boutiques Amazon fleurir dans toutes les villes ? 

Cela dit, si je ne me rends compte qu’aujourd’hui de cette problématique, il y a un autre exemple qui aurait dû m’alerter depuis longtemps. Vous avez deviné lequel ? Les Apple Stores, bien sûr ! Ils sont arrivés alors que la vente en boutique de PC semblait de l’histoire ancienne. Quel malin ce Steve Jobs, quand même.

mardi 30 septembre 2014

Robots, vos papiers !

Arrêtes, ou tu finiras en prison, robot!
Faut-il des lois spécifiques pour les robots ? Cette question au goût asimovien n’est pas une lubie. Le développement attendu des robots et autres produits « robotisés » - la voiture sans chauffeur, les drones, par exemple - amène à se poser très sérieusement la question.

L’UE a déjà commencé à le faire. Robolaw un projet de recherche qui vient de s’achever a ainsi étudié si l’état actuel de la législation est adapté à l’émergence et la prolifération attendue de robots et s’est interrogé sur les problèmes éthiques posés par ces nouveaux venus.

Aujourd’hui c’est le tour des américains de s’y coller. C’est un article publié par Brookings qui veut lancer le débat. Ryan Calo de l’University of Washington School of Law, pose la question : « Faut-il créer aux Etats-Unis une Commission Fédérale de la Robotique ? »

Ryan Calo fait valoir que chaque nouvelle technologie (le rail, la radio, les télécoms…) a vu se créer un agence fédérale pour mettre au point des législations ad hoc. Et il juge que la robotique est bien susceptible de poser de nouveaux problèmes légaux. Typiquement : qui sera responsable si une voiture sans chauffeur créé un accident, blesse ou tue ? Le chauffeur ? Il n’y en a pas. Ce sera le constructeur ?  Celui qui a écrit le logiciel ? Le propriétaire ?

Une myriade de questions se posera à mesure que les « robots » apparaîtront. Et vu les risques physiques encourus, il sera plus difficile de mettre le problème sous le tapis, comme on l’a fait avec le logiciel. On sait que quelque erreur que fasse votre logiciel et quelles qu’en soient les conséquences, celui qui l’a écrit ne peut être tenu pour responsable… Pratique !

Certes, on a le temps de voir avant que les voitures autonomes ne bouchonnent sur les autoroutes. Mais plus près de nous, la question se pose déjà avec l’arrivée de robots industriels « collaboratifs ». On veut les voir travailler au contact de l’homme. Que se passera-t-il si quelqu'un est blessé par un robot devenu "fou"? Qui sera responsable ? La question ne se posait pas jusque-là : la loi impose actuellement que les robots industriels soient enfermés dans des cages afin de protéger les ouvriers.

Dans son argumentaire en faveur d’une Commission fédérale, Ryan Calo fait valoir que le problème est complexe et que pour légiférer à bon escient il est nécessaire de réunir, au-delà des spécialistes du droit, des ingénieurs en informatique et des spécialistes des interfaces homme-machine afin de bien prendre en compte tous les aspects de la problématique.

Pour appuyer sa thèse Calo cite l’erreur commise par l’Etat du Nevada. Il avait légiféré en 2011 à propos des voitures sans chauffeur. La loi définissait un véhicule autonome en se référant à « tout remplacement de  l’opérateur humain par de l’intelligence artificielle ». Du coup, de nombreux véhicules « normaux », comme ceux dotés de systèmes anticollision ou d’ABS tombaient sur le coup de cette loi restrictive. Elle a été retirée. Caramba ! Encore raté.

A lire
L’article de Ryan Calo 

mardi 2 septembre 2014

Quel est (vraiment) l’impact de l’automatisation sur l’emploi ?

Je vous le dis : "l'automatisation tue l'emploi"
Une idée fait son chemin : les progrès fulgurants de l’informatique s’apprêtent à rendre les ordinateurs si intelligents qu’une myriade d’activités intellectuelles va désormais pouvoir être automatisée. Conséquence : un chômage de masse et, peut-être même… la fin du travail ! Bref, c’est le come-back d’un vieux serpent de mer : l’automatisation tue l’emploi.

Andrew Mac Afee et Eric Brynjolfsson en particulier ont participé à  populariser ce point de vue avec leurs livres Race against the machine puis The Second Machine Age.

Est-ce si simple ? David H. Autor, directeur adjoint du département économie du MIT ne le pense pas et le démontre brillamment dans un récent et pertinent article. Il relativise fortement la portée de la thèse de Mac Afee-Brynjolfsson et jette un regard très différent sur l’impact de l’automatisation sur les emplois.  

Autor s’appuie sur deux puissantes idée. La première, exprimée par  penseur hongrois Michael Polanyi en 1966, tient au constat  que « nous connaissons plus que nous ne pouvons dire ». Autrement dit que nous possédons une  « connaissance tacite » accessible à n’importe qui et qui ne peut être codifiée ni formalisée. Nous marchons, nous reconnaissons des objets, des gens, nous avons du « bon sens » et savons faire nombre de choses sans que cette connaissance ne soit le moins du monde formalisée. Et comme elle ne peut être ni formalisée, ni codifiée ces actes très banals sont quasi impossible à programmer et donc à automatiser. 

Vous me direz que c’est précisément le but du « machine learning ». Cette technique vise à donner une capacité d’apprentissage aux ordinateurs pour leur permettre de traiter ce qui n’est pas réductible à un algorithme. Mais, ici, Autor diffère complètement des auteurs de Race Against The Machine. Il se range dans le camp de ceux qui pensent que cette technologie ne parviendra pas à des progrès très significatifs. Pas assez significatifs en tout cas pour rivaliser avec la « connaissance tacite » du premier venu.

Qui a raison, qui a tort ? Personnellement je suis du côté d’Autor, mais tout cela n’est qu’une question de point de vue philosophique…

Il y a beaucoup plus dans le papier d’Autor. Il met en lumière un aspect de l’automatisation au sens large - automatisation par des machines aussi bien qu’informatisation – qui échappe le plus souvent aux penseurs et aux commentateurs. Cela le conduit à expliquer le phénomène que l’on constate actuellement en matière d’emploi : la croissance simultanée des postes à haut salaires et haute qualification et de ceux à bas salaires et faible qualification au détriment des autres.

En général explique Autor, on pense l’automatisation comme substitution au travail humain. On oublie son aspect le plus important : elle est aussi complémentaire à ce travail. Dans ce cas, la machine ou l’ordinateur épaule l’individu et lui permet d’en faire plus, ou mieux, ou plus vite. Elle ne supprime pas les emplois, elle les dope ! « De tout temps, les penseurs surestiment la capacité de remplacement de l’homme par les machines et sous estiment leur formidable capacité à enrichir son travail » affirme Autor.

Fort de ces idées, il analyse le marché du travail. Il constate que d’un côté se trouvent des gens très qualifiés et très bien payés dont l’activité, complexe, créative et qui réclame des connaissances pointues ne peut être automatisée. Non seulement ils ne sont pas menacés par les machines mais ils profitent à plein de leur complémentarité pour booster leur efficacité. Il n’est donc  guère étonnant de voir que ces emplois croissent.

Plus étonnante est la croissance des emplois peu payés et peu qualifiés. Sauf à l’analyser au prisme d’Autor. Ces emplois sont en croissance car ils sont basés sur la « connaissance tacite », donc pas automatisables. La machine ne les menace donc pas. Mais, elle ne les épaule pas non plus. Cela, joint à l’abondance de main d’œuvre, explique la croissance de ce type d’emploi mais aussi la baisse des leurs salaires.

Reste, entre le deux, les emplois qui disparaissent : les nombreuses tâches intermédiaires de routine, répétitives qui, elles, se prêtent bien à l’automatisation du premier type : le remplacement pur et simple du travailleur par la machine. CQFD. Autor, toutefois, n’est pas persuadé de la fin, à terme de ces jobs intermédiaires. Il pense que nombre d’entre eux perdureront à condition de mêler une part de tâches routinières avec un ensemble de tâche plus évoluées pour lesquelles l’individu possède un avantage comparatif – interactions personnelles, flexibilité, adaptabilité, capacité à résoudre des problèmes…

Bref, Autor, s’il reconnaît que le marché du travail est aujourd’hui perturbé par l’automatisation, pense, qu'à terme elle finira par créer plus d’emploi qu’elle n’en aura détruit. Comme cela a toujours été le cas avec toutes les phases de la longue histoire de l’automatisation. Le serpent de mer a toujours fini par s’évanouir dans le bas-fonds.

A lire
 L’article de David Autor : " Polanyi’s Paradox and the Shape of Employment Growth"

mercredi 21 mai 2014

Le théorème d’Yvon Gattaz


Yvon Gattaz a encore frappé. Il est infatigable. Depuis plus de 50 ans il n’a de cesse de militer pour la création d’entreprise et le développement des ETI. Il récidive aujourd’hui avec un nouveau livre « Création d’entreprise – La double Révolution » qui, une fois de plus développe ses thèmes de prédilection. Le ton de l’ouvrage est vif, alerte et plein de l’humour que l’on connaît au fondateur de Radiall et de l’Asmep-ETI qui a le goût des aphorismes tranchants. Réjouissant.

Ce livre est d’abord destiné aux jeunes entrepreneurs ou à ceux qui pourraient l’être.  Yvon Gattaz le présente explicitement comme « un vade-mecum publié par un ancien pour les nouveaux ». Il abonde ainsi en conseils à destination des jeunes qui sont prêts à se lancer dans l’aventure de « la création d’entreprise à partir de zéro » ; et Yvon Gattaz sait s’imposer de saines limites : « les seniors ne peuvent et ne doivent pas juger les projets innovants de leurs filleuls, car ceux-ci ont une intuition cent fois supérieure à la leur » affirme-t-il. Il se garde bien de le faire.

Les « deux révolutions » du titre ce sont celles de la création d’entreprise et celle de la croissance. Yvon Gattaz constate avec bonheur que le premier défi est aujourd’hui gagné. Fini le temps où « nos entreprises étaient presque exclusivement  créées par des autodidactes de talent, dont c’était la seule voie réelle de promotion sociale. » Il se félicite que désormais, en France, les jeunes entrepreneurs sont légion et que la création d’entreprise n’est plus considérée comme une déchéance par les diplômés du supérieur, bien au contraire.

 Il s’en réjouit d’autant plus qu’il  est convaincu d’un fait important et jusque-là rarement mis en évidence. Il dit, en s’appuyant sur des enquêtes menées par l’Association Jeunesse et Entreprises dont il est président :   «  le taux de croissance d’une nouvelle entreprise est fonction du niveau d’instruction de son créateur » de même que ses chances de réussite à cinq ou 10 ans.  Ce qu’il baptise « théorème Yvon Gattaz » 

Reste que, selon l’auteur, la seconde révolution, celle de la croissance, reste à accomplir. A ce propos, il insiste sur la fait qu’ « il faut tout d’abord convaincre tous les Français de l’impérieuse nécessité de cette croissance, seule créatrice d’emplois réels, et de la non-résignation à la stagnation ou, pis, à la décroissance souhaitée par quelques nostalgiques des diligences. »

Ce livre est d’autant plus  recommandable qu’il se termine par le récit, par leurs auteurs, de 13 aventures industrielles, toutes aussi passionnantes les unes que les autres. Parmi elles, celle d’Altrad, d’Auchan, de la chaîne boulangeries Paul, de JCDecaux ou encore de Criteo ou de Ventes Privées. De formidables parcours d’entrepreneurs français qui méritent d’être découverts ou redécouverts.

mardi 11 mars 2014

La révolution robotique qu’on risque de rater…

Robot d'Universal Robots : l'équivalent
du microordinateur en robotique
L’essayer c’est l’adopter. Confiant dans cette formule, pour promouvoir l’usage de robots dans les PMI de mécanique, le Centre techniques des industries mécaniques (Cetim) lance un service extrêmement original : le robot en location. 

La location de robots est une grande première. Mais, fait plus significatif encore, ce service témoigne d’une évolution majeure de la robotique industrielle. La location n’est en effet devenue envisageable que grâce à une récente génération de robots extrêmement prometteuse (voir article sur ce site ) : ils  sont très peu coûteux et, surtout, extrêmement facile à mettre en œuvre et à programmer. Cette flexibilité leur permet ainsi d’être installés en un clin d’œil. Mieux, ils sont capables de travailler sans qu’il ne soit nécessaire de les enfermer dans une cage pour protéger l’utilisateur : ils sont « collaboratifs ».

On peut saluer ici la clairvoyance du Cetim : il a su saisir rapidement l’opportunité qu’offrent ces nouveaux robots qui, d’une certaine façon, sont à la robotique ce que le microordinateur a été à l’informatique : ils créent un réel changement de paradigme et ouvrent par leurs caractéristiques, un champ nouveau à la robotisation.

Dans le même temps on peut se demander si l’industrie française se montrera capable de profiter de l’occasion pour relancer la production de robots industriels. Le grand plan robotique français qui vient d’être lancé en fanfare n’incite en effet pas à un optimisme démesuré. Il semble jusque-là passer à côté de cette évolution en se focalisant essentiellement sur la robotique de service…

Pour en revenir au service du Cetim, le robot qu’il a retenu est celui de la start-up danoise Universal Robots. Elle fait un malheur avec ses produits peu sophistiqués (ils sont peu précis et ne manient pas de charges lourdes) mais d’un coût et d’une flexibilité défiant toute concurrence. Installation comprise, le robot qu’a acquis le Cetim revient à moins de 30 k€. 

Il en coûtera quelque 3000 euros par mois à la PMI souhaitant tester ce robot. La première application proposée concerne le chargement/déchargement de machine (de décolletage ou d’usinage) pour des petites et moyennes séries. Le Cetim estime qu’une durée de location de trois à quatre mois devrait permettre à l’entreprise de valider l’intérêt du robot pour sa production.

Massard Décolletage, une petite PMI de la région de Saint-Etienne, est l’entreprise qui va inaugurer ce service. Le Cetim indique que, au vu des résultats de cette première expérience, il élargira progressivement son parc de machines en location en fonction de la demande ainsi que les applications visées.

Le Cetim qui croit beaucoup dans l’usage des robots collaboratifs espère également faire évoluer à cette occasion la réglementation qui, en France, ne permet pas encore de faire travailler un robot sans aucune protection vis-à-vis de l’opérateur

vendredi 7 mars 2014

Le gros « couac » de la télé médecine à domicile

Tu es prévenu : Big Brother te surveille !
Voilà une intéressante affaire à verser au brûlant dossier « numérique et vie privée ». Le 22 octobre 2013 a été pondu un arrêté concernant la prise en charge de l’apnée du sommeil par la sécu et qui suspend le remboursement en cas de non observance du traitement.

Les patients atteints de cette affection utilisent des machines dites PPC (Pression positive continue) qui, pour éviter les pauses respiratoires, ventilent les apnéiques pendant leur sommeil. Comme, grâce au numérique et la télétransmission on est désormais capable de savoir exactement quand et pendant combien de temps le malade a effectivement utilisé sa machine, a germé dans la tête de petits malins du ministère de la Santé l'idée de profiter de cette fonctionnalité pour conditionner le remboursement au bon usage de la machine, afin de faire des économies.

Le décret en question indique que si la machine n’est pas utilisée pendant au moins 3 heures par jour pendant 20 jours par mois, vous pouvez faire votre deuil du remboursement.

Pour permettre la mise en oeuvre de ce décret, Air Liquide qui fournit les équipements s’est appuyé sur les compétences d’une start-up, Srett, pour doter les machines de PPC d’un dispositif numérique qui suit effectivement l’usage de l’appareil et transmet par voie radio les données à un serveur. 

Tout semblait donc bien parti pour la mise en place d’une « belle » application de télémédecine dans laquelle le numérique allait pouvoir mettre bon ordre dans les dépenses de la Sécu et cela pour le plus grand bien du patient qui ne pourrait plus , sous peine d’« amende », se dispenser de suivre la prescription à la lettre.

Heureusement, le 15 février dernier, le Conseil d’Etat a décidé de suspendre ce décret estimant qu’il existe un « doute sérieux » sur la compétence du ministère à mettre en place un tel mécanisme. Sage décision : depuis quand peut-on imposer - indirectement - à un malade de suivre le traitement qui lui est prescrit ? Et jusqu’où une telle pratique pourrait-elle aller ?

En tout cas, cette histoire montre à quel point les formidables possibilités offertes par le numérique doivent être maniées avec précaution. Le numérique peut (presque) tout. Ce qui souligne l’importance du politique qui peut nous protéger de ses dérives potentielles ou, au contraire, nous y exposer. Dans ce cas, il a fait l’un après l’autre...

jeudi 27 février 2014

Que sont devenues les 3000 start-up du logiciel créées depuis 1980 ?

Alors que l’on déplore en France le manque de start up du logiciel ayant réussi à atteindre une taille vraiment significative, Mc Kinsey sort un très intéressant bilan : que sont devenues les quelque 3000 entreprises de logiciel (cotées et encore en vie) créées entre 1980 et 2012 ?

Le tableau ci-dessous vous dit tout : seules 28% ont franchi la barre des 100 M$ de dollars de CA. Mais elles sont près de 100 à avoir dépassé le milliard de dollars et quand même 16 réalisent plus de 4 milliards de dollars de CA.

                72% n’ont pas réussi à atteindre la barre des 100 M$ de CA      

Nb d’entreprises de logiciel crées entre 1980 et 2012
Plus de 100 M$
de CA en 2012
Plus d’1 milliard de $de CA en 2012
Plus de 4 milliards de $de CA en 2012
2952
826
96
16
Entreprises cotées dans le domaine des applications, du jeu, d’Internet et des systèmes à l’exclusion des fournisseurs de réseaux

Les auteurs de cette étude soulignent que la plupart de celles qui sont passées de 100 M$ à plus d’un milliard  l’ont fait très vite. Ce sont 10% du club des 100M$ qui ont franchi ce pas mais elle sont 8 fois plus nombreuses à l’avoir fait en moins de deux ans (avec des croissance supérieures à 60% par an) que celles qui ont passé ce cap en un temps plus long.

Si l’on regarde maintenant la liste des 16 géants du logiciel qui engrangent plus de 4 milliards de dollars, force est de constater l’écrasante domination américaine qui en aligne pas moins de 13 soit plus de 80% du total. SAP est le seul à défendre les couleurs de l’Europe, Nintendo, celles du Japon et, surprise !, on y découvre un  Chinois, Tencent, portail Internet créé en 1998.


                                   Écrasante domination américaine

Activision Blizzard

Electronic Arts
Microsoft

Symantec

Adobe Systems
Facebook

Nintendo (Japon)

Tencent (Chine)

CA Technology

Google

Oracle

VM Ware

eBay

Intuit

SAP (Allemagne)

Yahoo

Les 16 entreprises cotées qui réalisent plus de 4 milliards de dollars de CA

lundi 17 février 2014

La high tech américaine : une affaire d’immigrés !

Etonnant : 60% des 25 plus importantes entreprises américaines (cotées) de la High Tech – d’Apple à LinkedIn -  ont été fondée ou cofondées  par… des immigrés de première ou seconde génération !

Mieux encore : les trois premières entreprises de la high tech (classées par leur capitalisation boursière), Apple, Google et IBM font partie de celles qui doivent leur existence à un "immigré".

 C’est la surprenante révélation faite par Mary Meeker, la célèbre partner du capital risqueur américain Kleiner Perkins Caufield & Byers lors de sa très fameuse présentation sur les grandes tendances de l’Internet.

Avec cette « slide » issue en fait d'un rapport du Partnership for a new American Economy,  elle entendait attirer l’attention sur le risque pour les Etats-Unis de freiner l’immigration de talents. Kleiner Perkins Caufield & Byers a d’ailleurs réalisé un rapport sur le sujet que l’on peut lire ici

En attendant il y a de quoi être estomaqué par la liste de Mary Meeker. Je vous laisse lire le tableau. On y découvre entre autres deux français Pierre Omidyar et Jean-Luc Vaillant, le premier a fondé eBay, le second est le cofondateur de LinkedIn. Not so bad…

Il faut noter également que s'il n'est pas à proprement parler fondateur d'Intel, Andy Grove (Hongrois d'origine) est arrivé aux tous débuts de l'entreprise comme COO.

Lire la présentation complète de Mary Meeker "2013 Internet Trends" du mois de mai dernier


Rang        Nom (entreprise cotée)       Fondateur/cofondateur           Origine
1
Apple
Steve Jobs
2 g Syrie
2
Google
Sergey Brin
1 g Russie
3
IBM
Herman Hollerith
2 g Allemagne
4
Microsoft


5
Oracle
Larry Ellison/Bob Miner
2 g Russie/2 g Iran
6
Amazon
Jeff Bezos
2 g Cuba
7
Cisco


8
Intel


9
ebay
Pierre Omydiar
1 g France
10
Facebook
Eduardo Saverin
1 g Brésil
11
EMC
Roger Marino
2 g Italie
12
Hewlett-Packard


13
Texas Instruments
Cecil Green/Erik Jonsson
1 g GB/2 g Suède
14
VM Ware
Edouard Bugnion
1 g Suisse
15
Priceline


16
ADP
Henry Taub
2 g Pologne
17
Salesforce


18
Dell


19
Yahoo
Jerry Yang
1 g Taïwan
20
Cognizant technologies
F d’Sousa/K Mahadeva
1g Inde/1 g Sri Lanka
21
Adobe Sytems


22
Broadcom
Henry Samueli
2 g Pologne
23
Intuit


24
LinkedIn
K Guericke/J-L Vaillant
1 g Allemagne/1 g France
25
Symantec


  1g :américain de  première génération /2 g : américain de deuxième génération